‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 100 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

viendront de plus en plus étrangers à leurs ouvriers, et ceuxci deviendront misérables , sans espoir, démoralisés et ennemis (1). »

Les ouvriers qui n'ont besoin de connaître aucun métier, sont ceux qu'appelle surtout l'industrie, et auxquels elle donne toujours la préférence. Nous l'avons vue remplacer peu à peu dans les ateliers les travailleurs adultes par des enfants et des femmes ; de même elle tend sans cesse à remplacer les ouvriers habiles par des ouvriers inhabiles , l'intelligence par le bras. J'en ai vu , à Manchester, un curieux exemple que j'ai déjà cité plus haut 5 je demande pardon pour ces répétitions qui sont inévitables, parce que le même fait sert à plusieurs démonstrations. Il y a quelques années , chaque manufacturier avait besoin, pour son fourneau à vapeur, d'un chauffeur intelligent, qui ne devait son habileté qu'à un long exercice, à un véritable apprentissage ; grâce à la trémie d'alimentation , le premier manœuvre venu remplace le chauffeur.

On peut imaginer quels ravages doit faire la concurrence au milieu de ces populations surabondantes, dont chaque individu est également capable du travail des manufactures. Il est prouvé par les faits que l'insuffisance des salaires , si minimes qu'ils soient, n'empêche pas l'accroissement de la population agglomérée; mais que l'entière suspension du travail est seule capable de la réduire. N'est-ce pas là , sans aucune différence, la condition du peuple Irlandais? Et devons-nous être étonnés maintenant de l'épouvantable misère dont nous avons été témoins dans les grandes villes d'industrie! Les causes qui déterminent la condition des classes laborieuses , occupées par l'industrie, sont les mêmes identiquement que celles qui écrasent déplus en plus la population Irlandaise. Comment peut-on empêcher qu'elles ne produisent les mêmes effets ? Que les hommes de bonne foi répondent. Les agents de la production , le capital et le travail , ne sont-ils pas dans le même rapport et dans l'industrie et en Irlande? Ne sont-ils pas séparés, isolés l'un de l'autre, inconnus, indifférents l'un à l'autre, ennemis? La population n'est-elle pas mise en dehors des conditions essentielles de moralité , de bien-être et de prévoyance ? N'est-

(\) Report of 'M. Fletcher, p. 2io. Handloom Weavers Inquiry . t . rr.

Page 1