CHAPITRE V
« fiées ; aussi est-il exact de dire que, dans le Straffordshire , « c'est l'ouvrier qui a besoin du maître et en reçoit la loi , « landis que chez nous l'ouvrier potier la dicte souvent. » Il est évident que tous les fabricants ne sont pas aussi à plaindre que ceux-là, et à Mulhouse, par exemple, ils doivent se trouver dans une condition aussi avantageuse que les propriétaires de poteries du Straffordshire (1).
Cette vaste agglomération d'hommes sur un même point , provoquée par l'industrie, est toute au désavantage des masses d'ouvriers ainsi entassés autour de quelques manufactures. Elle a sur la population la même influence que le morcellement infini de la terre Irlandaise et le haut prix que les agents de la propriété mettent au loyer d'une cabane. La population, ainsi jetée en dehors de ses conditions naturelles , justifie tristement les opinions de Malthus, qui heureusement ne sont vraies que dans ce cas contre nature ; elle n'a plus d'autres limites que ces obstacles destructifs , dans lesquels Malthus voit l'action delà Providence, qui règle sagement les choses humaines : la famine , ta fièvre et la mort.
Le salaire est pour les ouvriers ainsi agglomérés ce qu'est le champ de pommes de terre pour l'Irlande , l'objet d'une concurrence désespérée qui doit avoir infailliblement les mêmes effets qu'en Irlande. Je veux bien qu'en industrie il y ait quelques ouvriers habiles en état de soutenir le marché du travail contre la concurrence du capital et contre la leur,* mais c'est le petit nombre. Nous avons démontré, je crois , que le grand nombre des ouvriers de l'industrie se composait d'ouvriers inhabiles, qui, dès la première séance, sont en état de remplir les fonctions qu'on exige d'eux , et dont tout l'apprentissage consiste dans la répétition infinie des mêmes actes, des mêmes mouvements.
« La concurrence pour le travail, dit M. Fletcher, nécessaire conséquence de la liberté , est un moyen de dépression aussi énergique que tous ceux qui ont pu exister dans les temps barbares. A moins que de bonnes relations entre les différentes classes de la société n'y mettent obstacle , les propriétaires de-
(1) Enquête commerciale de 1834. — Sainl-Crique et I.ebeuf de Montereau .