CHAPITRE V
plaisanterie ? Quant à la plus grande dépendance , qui résulte , pour le travailleur, de l'extrême division du travail ^'économiste reproduit l'objection du littérateur en l'affaiblissant, et i! répond qui; c'est là un inconvénient. « Il y a bien un peu de dégénéra lion dans les facultés de l'individu, dit M. Say, lorsque toute son occupation , toute son atleniion „ tous ses soins , sont dirigés vers une opération de détail trop constamment répétée. Cependant on aurait tort de croire qu'une opération <îe ce genre entraîne un abrutissement nécessaire (1). » A la bonne heure! l'économie politique fait bien de nous rassurer, ( n nous disant que l'extrême division du travail n'entraîne pas tfri abrutissement nécessaire. La preuve de cette opinion consolante , c'est que M. Say n'a pas remarqué une supériorité morale et intellectuelle dans l'ouvrier des campagnes , comparé à celui des villes, quoique dans les campagnes la division du travail ne puisse pas être poussée bien loin. M. Say n'a pas bien observé : les campagnes , du moins en France, sont pour les villes des réservoirs de bon sens comme des réservoirs de santé. L'intelligence d'un laboureur est ordinairement à celle d'un ouvrier de fabrique, ce qu'est celle d'un Newton comparée à l'intelligence d'un petit-maître. Le laboureur a la tête pleine de faits, d'observations sur lesquelles il règle sa conduite et ses travaux, le cœur plein de sentiments honnêtes et droits qu'un libertinage effronté, une incrédulité bavarde, n'ont point dénaturés. Croire qu'un paysan est stupide parce qu'il est embarrassé avec les gens de ville, gauche dans ses relations avec le propriétaire, c'est exactement comme si l'on disait qu'un étranger est un imbécile, parce qu'il n'a pas nos manières et qu'il ne parle pas notre langue. Les paysans de France sont ignorants, et ce n'est pas leur faute , mais ils possèdent en intelligence et en moralité, tout ce qui manque à la population inférieure des villes d'industrie. M. Say, et c'est un tort qui lui est commun avec beaucoup d'économistes , a fait autant d'efforts pour ne : as voir la vérité sur cette question , que les véritables savants t* ii font pour la découvrir, et c'est ce qui explique pourquoi il
(1) Traité complet d'Economie politique pratique, 2e édition, p. 180-181-182.