‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 108 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

s'en applaudir comme d'un bienfait accordé au genre humain. Comment se fait-il donc que ce qui est un bienfait en soi agisse pour le moment comme la plus terrible calamité sur la condition des classes laborieuses ? Ce choquant désaccord ne serait-il pas un avertissement donné aux sociétés , pour leur apprendre que tout se tourne contre elles, quand elles ne savent pas ou ne veulent pas se constituer en accord avec les besoins nouveaux, et que les progrès les plus heureux, les plus légitimes eux-mêmes, lorsqu'ils surprennent une société inintelligente qui refuse de se disposer pour les recevoir, deviennent pour elle les plus redoutables ennemis ? A l'invention de la poudre à canon, il a fallu une tactique nouvelle ; à l'invention de l'imprimerie, une politique nouvelle; à l'invention de l'industrie moderne , de ses puissantes machines , de ses ateliers gigantesque s, ne faut-il pas aussi répondre par une large réforme de l'économie des nations?

On a beaucoup disputé sur les machines, et nous ne croyons pas devoir renouveler ici cette querelle économique, toujours pendante comme toutes les savantes disputes. Il s'est fait dans ces derniers temps entre les économistes une sorte de protestantisme, dont le livre de M. Sismondi , sur les Nouveaux Principes, est comme le manifeste et le symbole. MM. de Villeneuve et de Morogues (1), qui ont écrit tous deux sur la question de la misère, se rallient plus ou moins directement à l'opposition économique» C'est surtout au sujet de l'influence des machines que se manifeste la divergence entre les deux écoles, qui, comme les sectes religieuses, ont toutes deux également tort et raison.

En principe , l'invention ou le perfectionnement d'une machine qui abrège le travail et économise sur les frais de la production , est absolument un bien. Une machine nouvelle est un produit, et l'un des plus nobles, de l'intelligence humaine ; l ien ne peut arrêter la naissance des oeuvres de l'esprit, et aujourd'hui, dans notre société régénérée, aucune puissance n'a le droit d'en empêcher la manifestation publique. Une machine est comme un livre; fille de l'intelligence humaine, il faut qu'elle soit libre à sa naissance, libre dans son

(1) Recherche des causes de la richesse cl de la misère; 1 vol. in-4".

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