CHAPITRE V
ouvrir et fermer la soupape, imagina d'attacher la corde qui servait à ouvrir cette soupape à une pièce de la machine , de l'içon que la besogne se faisait d'elle-même par le jeu naturel de la pompe , cet ingénieux enfant a fait une bonne et louable chose ; il a simplifié le travail mécanique , et , ce qui vaut beaucoup mieux , il lui a enlevé un agent , il a économisé sur les frais de production les fatigues d'un enfant!
Mais ces merveilleuses inventions, qui semblent devoir reculer jusqu'à l'infini les limites de l'indépendance de l'homme, ont dans le présent de tristes effets qui feraient presque renoncer, si cela était possible, à tous les bienfaits qu'on en peut attendre. Les machines et la production en grand qui en est la conséquence , exercent directement une action funeste sur la condition des classes ouvrières. Nous achetons par des maux affreux les progrès dont la jouissance est réservée à l'avenir.
D'abord , les machines suppriment brusquement un grand nombre de travailleurs , dont elles remplacent l'emploi , et qui se trouvent tout à coup sans moyen d'existence , sans profession , sans autre ressource économique que des forces et une vie dont ils ne savent que faire. Si les ouvriers occupés sont déjà pauvres et souvent même misérables, quelle sera la condition de ceux qu'un progrès mécanique prive subitement du travail qui les faisait vivre? On répond que c'est là un mal passager, et que l'homme laborieux finit toujours pas trouver une place dans le monde qui est grand; mais un mal qui passe en est-il moins souvent une épouvantable souffrance? Des journées sans pain ne sont-elles pas toujours trop longues? Tous les économistes reconnaissent que l'introduction des machines amène pour l'ouvrier un moment pénible; mais, et c'est là que commence entre eux la différence, les uns prétendent que les machines ne font qu'augmenter le nombre des bras occupés , tandis que les autres s'effraient de l'avenir qui attend les basses classes , si les agents de fer et de feu accomplissent tous les travaux de l'industrie. Les premiers citent des faits concluants en apparence , comme l'invention de l'imprimerie, qui , en ruinant l'industrie des copistes, a créé du travail pour un beaucoup plus grand nombre d'hommes que ceux occupés auparavant à reproduire les manuscrits. On cite encore l'immense et rapide accroissement de la population des comtés in-