‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 112 sur 314 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

duelion en deux classes distinctes opposées d'intérêts : la classe des capitalistes, propriétaires des instruments de travail, et la classe des travailleurs salariés. Avec les machines, le travail en famille devient impossible : les séances de quatorze ou quinze heures par jour dans les manufactures remplacent nécessairement la petite industrie à domicile. Nous avons vu de nos jours s'opérer celte grande transformation économique, surtout pour l'industrie de la filature et des tissus. Le petit fabricant ne peut pas lutter avec de grands établissements qui fabriquent à meilleur marché, par remploi d'agents plus énergiques, plus parfaits et surtout moins coûteux. Les ateliers de famille sont devenus impossibles pour tous les genres d'industrie qui admettent lYmploi des machines. Nous savons ce que la production et la richesse générales y ont gagné, mais nous savons aussi, par des faits d'une déplorable évidence , ce que la moralité , les sentiments de famille et même le bien-êlre 'des travailleurs y ont perdu. Nous savons quelle éducation morale et physique l'industrie donne à ces adolescents des deux sexes qu'elle entasse par centaines dans les fabriques , pêle-mêle, sans souci des conséquences qui doivent résulter d'un pareil mélange , dans une atmosphère de sueur humaine, loin de toute protection, de toute surveillance.

L'emploi actuel des machines ressemble beaucoup à la gestion de la propriété en Irlande , et il produit les mêmes effets. Le sol aussi est un outil; si ceux qui le cultivent sont misérables, si le travail leur refuse la vie, ou même s'il leur est impossible*ide se procurer l'usage de l'instrument du travail, ce n'est pas la faute de cet outil , qui n'en est pas moins bienfaisant , pas moins fécond de sa nature : c'est que, par une gestion vicieuse de la propriété , la jouissance de l'outil coûte aussi cher a ceux qui le louent, que le produit qu'ils en obtiennent par le travail. Dans l'Inde, l'impôt qui fait l'office de propriétaire exige du cultivateur plus de la moitié de ses produits; en Irlande , les hommes d'affaires du propriétaire absent exigent tout. Le sol aurait beau produire gratuilement, sans culture, les plus riches moissons, le paysan d'Irlande n'en serait pas moins condamné a mourir de faim.

Il en est de même des machines : les économistes, ne voyant que leurs avantages absolus , regardent les maux qu'elles pro-

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