LIVRE III
duisent comme de légers inconvénients qui doivent disparaître d'eux-mêmes. Le plus grand malheur qui devrait résulter, selon eux, du perfectionnement indéfini des machines , serait que les produits s'obtiendraient aux dépens de la matière et que les agents physiques remplaceraient la main de l'homme dans toutes les fonctions pénibles. Alors, dit M. Say, l'homme n'aurait plus besoin de travailler aux métiers manuels. Sans espérer des machines un aussi grand bienfait, nous avons reconnu qu'elles contribuent à l'affranchissement de l'homme , à son ennoblissement. Mais ces admirables perfectionnements profiteraient-ils à la population laborieuse , s'ils étaient la propriété exclusive d'un petit nombre d'hommes complètement séparés d'intérêts des classes exclues de cette propriété, lesquelles devraient acheter l'usage ou le produit des machines , comme les Irlandais achètent l'usage du sol, à un prix exagéré par la concurrence? Je suppose, suivant la pittoresque image de M. de Sismondi , que le roi d'Angleterre accomplisse, en tournant une manivelle, tout le travail nécessaire à la nation anglaise; ce serait assurément la plus grande économie de production que l'on pût désirer; et cependant celte merveilleuse découverte ne sauverait pas le peuple de l'extrême misère , si le tourneur de manivelle , séparé d'intérêts du reste de la nation, mettait à un prix trop élevé la jouissance de ses produits, ou seulement s'il laissait la concurrence des individus qui ne peuvent pas vivre sans eux en fixer le prix. Comme ce délenteur exclusif du capital de la nation n'aurait pas besoin de travail , la population , qui n'aurait aucun droit à la propriété de la machine, serait réduite à s'offrir elle-même en échange, et à se faire l'esclave du propriétaire exclusif de tous les objets nécessaires à la vie. Si les machines accomplissaient la plus grande partie des fonctions industrielles, les classes les plus nombreuses de la population n'en éprouveraient le bienfait que dans le cas où elles seraient associées à la propriété même des instrumenté de production. Cette proposition est démontrée, je crois , suffisamment , par la condition de l'Irlande, La propriété de l'instrument du travail est entre les mains d'hommes peu nombreux, absolument étrangers à la population , et qui n'ont besoin que de laisser faire pour ruiner un peuple qui meurt de faim sur un sol fertile, de même que les misérables des villes anglaises vont pieds