‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 124 sur 314 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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et transforme ses privations habituelles en un état de famine et d'extrême détresse?

Un calcul, emprunté à M. Villermé, démontre quelle influence peut exercer la variation du prix des subsistances sur le sort des classes laborieuses ; une augmentation de cinq centimes sur le demi-kilogramme de pain, représente pour la population une augmentation annuelle de 18 fr. 25 c. par individu. Pour 54 millions de Français , cette augmentation continuée pendant une année entière produirait dans la consommation un surcroît de dépense de 620 millions 500,000 fr.; une augmentation de deux centimes chargerait le budget de la consommation annuelle de 248 millions 200,000 (1) ! Et quand on songe que les plus faibles craintes sur l'abondance de la récolte, que les plus faibles efforts de la spéculation, produisent fréquemment une variation plus grande dans le prix du pain, on comprend facilement à quelles désastreuses fluctuations est exposée l'existence des classes laborieuses; car ce sont elles qui prélèvent sur leurs salaires ces énormes subventions aux producteurs de blé, ou plutôt aux spéculateurs !

Le prix des subsistances varie chaque jour, tandis que les salaires restent fixes s'ils ne diminuent pas. L'industrie ne tient pas compte à l'ouvrier de l'augmentation des charges qu'il supporte, car cela lui est impossible : ce sont d'autres faits , d'une nature indépendante du cours des denrées alimentaires, qui décident souverainement du prix du travail. L'auteur de V Histoire des prix nous démontre par les faits que, dans les temps de disette, les basses classes sont incapables de satisfaire les besoins de la vie, avec les salaires ordinaires. Arthur Young , calcule que, pendant la cherté de 1800 , le journalier qui pouvait vivre auparavant avec cinq schellings par semaine, n'aurait pu le faire alors qu'avec onze schellings î Les paroisses vinrent au secours des populations au moyen de la taxe des pauvres , et elles comblèrent au moyen de Yallowance le déficit de l'extrême misère. D'après les registres de l'hôpital de Greenwich, les salaires des ouvriers employés par cet établissement, comme charpentiers, maçons, couvreurs et plombiers,

(1) Tableau de l' cl at physique et moral des ouvriers, par M. Villermé. t. ii, p. 19.

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