‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 125 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ne se sont pas élevés, en 1800, au-dessus de la moyenne des vingt années précédentes.

Jetons maintenant un coup d'œil sur l'état actuel des salaires des ouvriers de l'industrie.

En 1852, le gouvernement fît une enquête sur la situation de l'industrie, et demanda aux préfets quelle était pour les divers départements la moyenne des salaires. Nous avons le tarif officiel de la journée de travail , telle qu'elle a été faite par les conseils généraux pour les différentes communes, afin de servir de base fixe aux amendes et condamnations judiciaires. D'après ce tableau , le maximum pour ainsi dire légal de la journée de travail est de 1 fr. 50 c. pour les villes , de 75 c. pour les communes rurales. Un pareil document ne nous apprend absolument rien, à moins qu'on en déduise, comme induction générale, l'infériorité de revenu qui n'a d'autre source que le travail.

Si nous possédions des documents complets sur l'importante question des salaires, il nous serait facile de prouver qu'ils sont, pour l'industrie manufacturière , généralement au-dessous de ce qu'exigerait la satisfaction décente des premiers besoins de l'homme en société. M. de Villeneuve évalue à 1,051 fr. la somme qui serait nécessaire pour faire subsister une famille d'ouvriers à Lille ; et, selon lui, la réunion des gains d'une famille employée aux fabriques ne s'élève guère à plus de 2 fr. 88 c. par jour , ou 864 fr. par an. L'état de gêne est donc la condition naturelle d'une famille ouvrière régulièrement occupée , sans chômage forcé par défaut d'ouvrage ou par maladie (1). Nous ne craignons pas d'affirmer qu'il en est ainsi généralement dans tous les grands centres de production comme Rouen et Lyon. Il n'y a d'exception qu'en faveur des professions qui demandent un long apprentissage , beaucoup de force , de l'habileté achetée par des habitudes contractées dès l'enfance , comme les professions qui travaillent les métaux, comme celles qui se rapportent à la construction , l'industrie des verriers, etc.

Une table des salaires des fabriques de Manchester, annexée au premier rapport annuel de la commission des pauvres, et

(1) Voyez Economie politique chrétienne , premier vol., cnkt ix.

Page 1