‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 128 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

certitude des salaires, qui sont la seule ressource du plus grand nombre des habitants des villes.

Dans son curieux ouvrage , qui nous a épargné bien des recherches, M. Villermé croit ou plutôt veut croire que la condition de l'ouvrier s'est améliorée sous l'influence de l'industrie. Le peuple est, selon lui , généralement mieux vêtu et mieux nourri , c'est-à-dire que l'échelle des besoins s'est élevée pour la population française. Le pain des pauvres est meilleur qu'autrefois , et , dans les villes , l'ouvrier mange le même pain que le riche : le pain blanc n'est plus un objet de luxe. Peut-être ïe savant économiste a-t-il trop généralisé ces améliorations matérielles , car presque toutes les classes d'ouvriers qu'il a étudiées font exception à ce progrès. La consommation de la viande diminue dans les villes, ainsi que l'ont prouvé les recherches de MM. Benoiston de Châteauneuf et Millot sur la consommation de la ville de Paris : ce n'est pas assurément un progrès.

La conclusion de M. Villermé pour toutes les industries qu'il a examinées, le coton , la laine et la soie , est que les salaires ont bien de la peine à atteindre le taux des besoins indispensables , et que ces salaires, si étroitement mesurés , sont toujours incertains; le chômage doit être prévu par le chef de famille comme les maladies. Le travail des manufactures excède partout en durée les limites raisonnables ; les séances des ateliers, prolongées pendant 15 , 16 et même 17 heures par jour, avec une heure et demie seulement de suspension pour les repas, sont aussi funestes à la santé qu'à l'intelligence et à la moralité des travailleurs. — A Mulhouse, à Dornach, les ateliers ouvrent à 5 heures du matin, et ferment le soir à 8 et 9 heures. Les salaires les mieux soutenus sont de 2 à 5 fr. pour les hommes ; de 55, 50, 75 centimes pour les enfants et les femmes à la journée , dont le nombre est quadruple au moins de celui des ouvriers qui gagnent la pleine journée de 2 à 5 fr. Les imprimeurs en étoffes d'Alsace ne gagnent qu'environ de 1 fr. 54 c. à 1 fr. 69 c. , et les petits aides qu'ils emploient , comme tireurs ou brosseurs, sont à la charge des ouvriers qui doivent prélever sur leurs salaires de quoi les payer. — Les règlements défendent d'exiger des forçais plus de 12 heures de travail effectif !

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