CHAPITRE VI
La pomme de terre compose les trois quarts de la subsistance des tisserands, qui ne mangent de la viande et ne boivent du vin que deux fois par mois : le jour de la paye !
Nous avons dit plus haut à quel prix les ouvriers des manufactures achetaient l'abri d'une mauvaise chambre, d'un grenier ou d'une cave, et quelle rançon faisaient payer à la misère agglomérée des grandes villes les spéculateurs en constructions et en loyers.
Les femmes ne gagnent nulle part de quoi vivre. Les ouvrières en soie, du Midi, employées à préparer les cocons, opération la plus dégoûtante de l'industrie , ne gagnent pas plus de 80 centimes par jour. Nous avons vu que l'industrie forçait les jeunes filles de recourir à la prostitution comme moyen d'existence ; à Sédan , dont la population ouvrière est supérieure en caractère et en ressource à celle des autres villes manufacturières, on déplore généralement le libertinage prématuré des filles, la tendance qui les entraîne à la prostitution. Il est de notoriété publique que les jeunes ouvrières des grandes villes ont recours, pour aider à leur entretien, à la subvention qu'elles retirent d'un commerce passager avec quelque célibataire d'une condition plus élevée que la leur. On assure qu'à Lyon les commis des fabricants, qui sont les intermédiaires des commandes, les dispensateurs d'ouvrage, auraient imposé plus d'une fois des conditions déshonorantes , pour prix du travail qu'ils accordaient, dans des moments où il y en avait très-peu , à des femmes , à des filles d'ouvriers , ou bien s'en seraient vantés avec impudence (1)!
Nous possédons de longues listes de salaires, extraites de documents authentiques sur les différentes industries en Angleterre et en France ; nous ne croyons pas devoir en faire usage, parce que nous nous sommes assuré qu'elles ne pouvaient donner une idée des véritables gains de l'ouvrier. Nous avons cité assez de chiffres dans le cours de notre livre , extraits des nombreux documents que nous avons étudiés , pour qu'on ne nous accuse pas de dépasser les faits dans nos conclusions.
Les ouvriers delà fabrique de laine de ïlhétel sont au nombre de ceux dont M. Villermé parle avec plus d'avantage. Voici la
(1) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, r, h , p. 372.