LIVRE m
conclusion des observations qu'a faites l'auteur sur la condition économique de ces travailleurs; conclusion qui s'applique parfaitement, selon nous, à tous les ouvriers de l'industrie, a En définitive, les ouvriers de Rhétel qui ont de l'ordre et de V économie, peuvent vivre assez aisément dans les temps ordinaires, du moins pour la très-grande majorité, mais il leur est difficile de réaliser des épargnes. » Quelle condition! vivre assez aisément, avec de l'ordre et de l'économie, dans les temps ordinaires, mais être incapable de réaliser des épargnes ! Et c'est la condition des ouvriers de l'industrie dont on nous a fait le tableau le plus flatteur (1).
Voici quel est le taux moyen des salaires, selon M. Villermé : « Si l'on retranche les tisserands et les simples journaliers, dont la plupart sont si mal rétribués (c'est-à-dire , plus de la moitié de la population laborieuse , et , avec les femmes, plus des trois quarts) , le salaire moyen des travailleurs qui font le sujet de mes recherches , est d'environ 2 fr. pour l'homme, 1 fr. pour la femme , 45 c. pour l'enfant de 8 à 12 ans , 75 c.
pour celui de 15 à 16 ans En général un homme seul gagne
assez pour faire des épargnes ; mais c'est à peine si la femme est assez rétribuée pour subsister , et si l'enfant au-dessous de 12 ans gagne sa nourriture (2). » Un filateur de Rouen , M. Lelong, a trouvé que, pendant la crise de 1851 , les six dixièmes de ses ouvriers, 61 sur 100 ne gagnaient pas le strict nécessaire dans sa filature de coton. Dix centimes par jour de variation en baisse dans le taux des salaires, ou en hausse dans le prix des subsistances , suffisent pour faire passer le travailleur de l'aisance à la détresse.
Et cette condition, si chèrement achetée au prix d'un travail prolongé dans certaines industries jusqu'à 16 heures par jour, n'est rien moins qu'assurée. « Quelque faibles que soient ces salaires, dit encore M. Villermé, s'ils ne varient pas et s'ils sont obtenus sans interruption , toute l'année, ils suffisent généralement à l'ouvrier, même marié , pourvu qu'il soit laborieux et qu'il ait une bonne conduite (5). »
(1) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers, t. i, p. 252.
(2) JW.,t, n, p. lo. (o)/^W.,p,16.