CHAPITRE VI
Mais les salaires varient , rarement au profit de l'ouvrier, de l'aveu d'un fabricant cité plus haut, et ils ne sont jamais obtenus sans interruption toute Tannée. « Il y a souvent dans l'industrie, dit M. Villermé, des temps de gêne pendant lesquels les fabricants doivent nécessairement , pour éviter une ruine certaine , et pour ne pas ôter à leurs ouvriers tout moyen d'existence y baisser les salaires, ou bien exiger pour le même salaire une plus longue durée de travail, et eux seuls (les fabricants) sont juges de ce cas. »
La grande masse de la population laborieuse des villes se trouvant engagée dans des industries de luxe , ou produisant pour la consommation étrangère, est exposée à la plus désastreuse incertitude pour l'emploi de son travail. Nous avons vu qu'en Angleterre les ouvriers de beaucoup d'industries ne doivent pas compter sur plus de 9 mois d'occupation , et nous ne parlons pas des époques de gêne, qu'on appelle des crises et qui reviennent à des intervalles de plus en plus rapprochés, de manière qu'on peut les regarder comme partie nécessaire et intégrante de notre constitution industrielle. On compte quatre grandes crises commerciales depuis 27 ans, crises universelles qui ont troublé à peu près également, dans tous les pays de grande production industrielle, le marché du travail. Chacune a duré plusieurs années; celle de 1857 n'est pas terminée, plus de la moitié du temps a été occupé par ces crises : est-ce là , nous le demandons, un phénomène passager et seulement une exception à la prospérité de l'industrie ? L'ouvrier des manufactures ne peut jamais compter sur le lendemain, et il n'est pas sûr d'échanger deux jours de suite son travail contre le salaire : et l'on s'étonne de l'insouciance qui ravage les basses classes, et on leur recommande la prévoyance! Pourquoi ne pas la recommander plutôt à leurs maîtres?
Nous regardons comme un signe et une cause d'appauvrissement pour les nations , que la grande partie de leur population soit occupée à des industries de luxe ou à fabriquer des produits destinés à la consommation étrangère. Non-seulement celte circonstance économique expose les classes laborieuses à tous les caprices de la spéculation , à toutes les chances des événements, mais encore, et ce résultat est plus fâcheux, elle détourne les capitaux de la production des objets destinés à la