‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 133 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

a Après avoir travaillé de quatorze à seize heures par jour, » nous gagnons seulement de quatre à sept schellings par se- » maine pour nous sustenter avec nos femmes et nos familles. » Nous avons substitué le pain et l'eau , ou les pommes de terre » et le sel , à l'aliment plus salubre qui abondait toujours autre- » fois sur les tables des Anglais; et cependant nous protestons » qu'après le travail fatigant de toute une journée, nous » avons à plusieurs reprises été forcés de nous retirer et de » mettre nos enfants au lit sans souper pour ne plus entendre » les cris de la faim. Nous déclarons de la manière la plus » solennelle que, pendant les derniers dix-huit mois, nous » avons à peine connu ce que c'était que d'être libres de la » souffrance de la faim (1). »

Nous choisissons à dessein cet exemple qui a déjà servi à M. de Sismondi, parce qu'il confirme ce que nous avons dit plus haut de l'appauvrissement produit par une industrie qui s'adresse presque exclusivement à des consommateurs étrangers. Ces bonnetiers en détresse produisent surtout ces bas admirables qui sont un objet de luxe, et ils chôment des années entières lorsque les commandes d'Amérique sont suspendues, pendant qu'une partie du peuple d'Angleterre, d'Écossc et d'Irlande, va les jambes et les pieds nus !

Tous les hommes qui ont examiné d'un peu près la condition des classes laborieuses, et qui n'ont pas spéculé seulement dans les livres, s'accordent tous à reconnaître, sinon l'injustice de cette condition , du moins les dangers dont elle menace la société, et nous avons cité plusieurs témoignages d'hommes que l'on ne peut pas accuser de vouloir semer en vain l'alarme dans les esprits. M. Villermé, auquel nous rendons ici un dernier témoignage de reconnaissance , flotte indécis entre l'optimisme et les idées qui nous ont inspiré ce travail : optimiste par ses principes et ses intentions , il ne peut s'empêcher d'accuser, en présence des faits horribles que l'industrie met sous ses yeux, le système économique qui les produit. Après s'être efforcé avec bonne foi de constater une amélioration quelconque dans la condition des classes ouvrières , il termine par cette étrange

(1) Edimburg Review , mai 1820, p. 334.

Page 1