‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 134 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

conclusion : « Mais cet état prospère ou du moins satisfaisant, durera-t-il ? Voilà une question à laquelle on ne peut pas répondre affirmativement, surtout lorsqu'on sait combien les centres d'industrie sont nuisibles aux habitudes d'économie des travailleurs , et combien il est de plus en plus difficile à ceux-ci de passer dans la classe des maîtres } à cause des grands capitaux qu'exige aujourd'hui la création d'une manufacture. »

La condition du travail est donc mauvaise, la distribution des fruits du travail manque donc d'équité. Et ce qui est plus triste, ce qui condamne sans retour le régime industriel actuel , c'est qu'il n'en peut pas être autrement. Le prix du travail ne résulte pas, comme le prétendent les économistes, d'un contrat légitime, librement consenti. Il n'y a de contrat possible qu'entre des parties également libres de contracter, d'accepter et de rejeter le contrat. Cette égalité, je le demande, existet-elle entre les classes laborieuses et ceux qui les emploient? En d'autres termes, les mêmes que nous avons posés dans notre introduction; le travail est-il une marchandise que le vendeur est libre d'échanger comme l'acheteur l'est de l'acheter? L'acheteur de travail, s'il refuse de prendre cette prétendue marchandise parce qu'elle lui semble à trop haut prix, ne court d'autre risque que de laisser chômer quelques jours ses capitaux et d'en perdre l'intérêt, mais le capital ne lui en reste pas moins dans toute son intégrité. En est-il de même du travail ? Dans le plus grand nombre de cas , si le travail ne s'échange pas à chaque instant contre le salaire quel qu'il soit, le tra vailleur court le risque de mourir. Que le prix du travail n'est pas un contrat^ mais bien une nécessité imposée forcément par ce destin aveugle, la concurrence, auquel l'économie politique voudrait confier absolument le sort des nations , c'est ce que démontre, avec la dernière évidence, le résultat de toutes les coalitions. Il est curieux d'entendre les conseils que l'on donne aux ouvriers pour les détourner des coalitions : on leur dit qu'ils troublent en vain la paix de la cité, qu'Us engagent une lutte nuisible à la société tout entière et surtout à eux-mêmes, parce que c'est toujours sur eux que doivent retomber les frais de la guerre, et on a raison. Toule grande coalition est suivie , pour la classe ouvrière qui y a pris part, d'une réduction de

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