‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 135 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

salaires ou (Tune augmentation de travail (1). Peut-on dire encore que le salaire est un contrat?

Dans le régime industriel, les ouvriers ne sont jamais en état de connaître la situation du marché pour lequel ils travaillent, les chances de l'industrie qui les fait vivre. Peut-on dire que, dans une condition pareille, la part donnée à l'ouvrier est déterminée par un contrat?

La manière dont se distribue la richesse dans les autres classes de la société que celles qui concourent à la produire, ou, si Ton veut, la répartition de la population dans les différentes fonctions, exerce une influence que nous ne pouvons pas apprécier avec certitude sur la condition du grand nombre, mais qui est assurément bien importante. Il n'est pas indifférent à une société que les produits ou la richesse se répartissent proportionnellement aux services qu'elle reçoit des individus qui la composent; il importe surtout que les agents improductifs comme le clergé, les hommes de loi, les employés de l'État, ne prélèvent pas une part trop grande dans le revenu d'une nation, car plus ils prennent , moins il reste pour subventionner et encourager le travail productif. Au point de vue de l'économie, plus encore peut-être que de la politique, la vénalité des fonctions comme celles d'agents de change , de notaires et d'avoués , est un mal , un abus funeste aux intérêts de la nation entière ; elle attire dans une voie improductive une masse énorme de capitaux qui seraient plus utilement employés, et dont elle fait payer au corps social un intérêt exagéré. S'il était vrai que les offices vénaux représentassent un capital de plus de 1,200 millions, n'y aurait-il pas un abus semblable à ceux que la révolution a détruits, à ceux que nous voyons régner à Rome, par exemple, où tout le monde court les emplois qui rapportent et qui honorent, et déserte le travail peu encouragé et moins honoré encore !

On n'est en droit de juger avec certitude la situation d'un peuple que si l'on connaît, non-seulement le chiffre des taxes, de la production et des échanges, mais principalement la répartition de la population dans les différentes professions. La statistique officielle a trop négligé ce genre d'information, et, en

(1) Voyez plus haut, p. 56.

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