‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 137 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ne peut pas en lever une seule sans remuer toutes les autres. C'est ce qui rend la solution des questions économiques si difficile et si compliquée. On conçoit la timidité et la retenue de bien des esprits en présence des réformes les plus urgentes, quand on voit comment elles s'enchaînent et combien d'embarras et de travail la plus facile en apparence peut entraîner après elle. Mais l'homme n'a pas été créé pour le repos : c'est en vain que les individus et les nations voudraient s'arrêter à la jouissance du présent; tant qu'il y a un mal à détruire , un bien à obtenir, un mieux à préparer, leur tâche n'est pas achevée, et elle ne le sera jamais !

Le capital est une puissance; il commande le travail. Le régime industriel que nous étudions tendant évidemment à transporter les capitaux dans un petit nombre de mains , menace de partager les sociétés en deux classes d'individus opposées d'intérêts, que tout tend à éloigner l'une de l'autre, que rien ne* rapproche : celle des possesseurs des instruments de travail, capitaux et machines , et celle des individus qui ne possèdent rien autre chose que la vie, et qui ont besoin pour exister que les autres leur commandent du travail, ou leur prêtent les instruments nécessaires à produire.

Nous avons vu que l'extrême division du travail dégrade l'homme à mesure qu'elle perfectionne l'industrie; que la production en grand, au moyen de vastes établissements et de machines très-coûteuses , ôtait au simple ouvrier toute la possibilité de s'élever jamais à l'indépendance économique par la possession des instruments du travail. L'administrateur des capitaux, le chef d'industrie, a besoin chaque jour de plus d'intelligence; il lui faut presque du génie pour réussir, car il doit prévoir, comme l'homme d'État, les chances les plus incertaines, connaître les événements qui se passent dans les pays les plus éloignés, afin de régler la production et d'ouvrir des débouchés à ses produits; l'ouvrier, au contraire, attaché à un détail qui rend tout exercice d'intelligence superflu, qui n'exige aucune connaissance , aucune observation suivie, descend forcément à la condition de machine. L'industrie n'a besoin que de son corps, elle lui épargne la nécessité d'appliquer son esprit à diriger le travail. Il ne sait pas pour qui il produit , ni même ce qu'il fait; aucune couvre ne sort de ses mains ;

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