‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 141 sur 314 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

doit se défier toujours des lois et mesures économiques que proposerait le corps des marchands (1).

C'est seulement d'une manière indirecte que le grand commerce peut exercer de l'influence sur la condition des classes laborieuses. Le commerce est le régulateur souverain de la production industrielle qui est obligée de lui demander les matières qu'elle travaille; or, les commerçants chargés d'approvisionner la production ont la propriété intermédiaire des denrées qu'ils fournissent aux fabricants , et dont ils font sans cesse varier la valeur au moyen de l'agiotage : on sait que les marchandises pour lesquelles le commerce a plus de prédilection sont celles dont le prix offre plus de docilité aux impulsions de l'agiotage. Le commerce reprend une seconde fois la propriété intermédiaire des marchandises fabriquées pour les transporter de boutique en boutique, jusqu'à ce qu'elles arrivent enfin au petit détaillant, qui les passe au consommateur. Il est facile de concevoir ce qu'un pareil mécanisme a de compliqué, et quelle grande part de la valeur des produits doit rester entre les mains de ces nombreux intermédiaires !

Le commerce n'est pas assez riche pour payer la propriété entière des objets qui passent dans ses mains. Aussi, il ne la paye pas , il promet seulement de la payer quand il Vaura revendue. Et si la concurrence que se font les marchands , plus nombreux de jour en jour, ou toute autre cause , ne lui permettent pas de vendre en temps opportun , il est forcé de manquer à ses engagements , de suspendre ses affaires et de jeter par contre-coup le trouble parmi les producteurs avec lesquels il était en rapport ; ses promesses de payement ne valent plus; les billets du commerce ne sont plus que de la fausse monnaie. C'est ce qui fait qu'on ne peut distinguer entre les crises commerciales et celles de l'industrie, tant l'industrie est dépendante des intermédiaires qui lui fournissent les matières de la production et lui achètent les produits. Le commerçant règle le prix des matières premières qu'il maintient le plus

(1) « Cependant l'intérêt des marchands, dans une branche particulière de commerce, ou dans quelques manufactures, diffère toujours à quelques égards de l'intérêt public : il lui est même opposé. »

Richesse, des Nations , 1er livre, conclusion.

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