‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 144 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

la denrée se divise, la fraude devient plus facile, le mesurage et la pesée plus incertains, et comme ces pertes se renouvellent chaque jour, elles finissent par renchérir singulièrement les objets de consommation à l'usage des pauvres. Si nous pouvions descendre dans les bas détails du petit négoce, assister dans l'échoppe des fruitières de Paris, et dans la boutique des épiciers, au mesurage du bois, du charbon, du sel etde l'huile, nous verrions de quelles ruses, de quelle triste habileté les pauvres consommateurs sont victimes. La concurrence acharnée que se fait le petit négoce ne profite pas au consommateur. Certains trafics n'ont guère d'autre bénéfice que la fraude sur la quantité et la qualité de la marchandise. Les surveillants du poids public qui, dans les grandes villes comme Paris , surprennent les boulangers en fraude à peu près chaque fois qu'ils leur rendent visite, ne pénètrent guère chez les détaillants d'autres denrées dont la fraude est pour ainsi dire l'état légal. Ces milliers d'agents qui vivent en sophistiquant les denrées qu'ils mesurent à la petite consommation , échappent à la surveillance par leur nombre. On conçoit qu'un service public parvienne à surveiller les boulangers et bouchers , mais quelle armée d'employés faudrait-il pour surveiller efficacement les marchands de vin, les débitants, les fruitiers, regrattiers, vendeurs et revendeurs de toute sorte , qui prélèvent chacun de quoi faire vivre une famille sur les subsistances du pauvre? Je sais que grand nombre de ces vendeurs sont pauvres eux-mêmes,, et qu'ils languissent misérablement , en attendant de trop rares acheteurs; mais cette concurrence effrénée du petit négoce ne vient-elle pas de ce que le travail productif n'offre aucun avenir aux ouvriers , qui s'empressent dès qu'ils possèdent quelques économies d'ouvrir boutique pour y attendre la fortune?

Quand on examine à Paris le nombre d'agents qui vivent aux dépens de la petite consommation , le nombre de cette formidable armée, exclusivement occupée à mesurer, à peser, à empaqueter, à transporter des denrées de la main droite à la main gauche, on s'effraie avec raison de la part de valeurs qu'elle doit absorber sur les subsislances des salariés. Nous manquons d'éléments pour apprécier la somme que les fonctions du négoce en détail coûtent à ceux qui s'adressent à lui ; mais nous

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