CHAPITRE VII
croyons qu'il prélève sur la consommation un impôt énorme, sans proportion avec les services réels qu'il rend au corps social.
N'est-il pas déplorable que le pauvre consomme à des prix plus élevés que le riche; qu'il paye en détail jusqu'à deux fois la valeur de ce qu'il achète, et qu'il ne se procure à ce prix que les qualités du dernier ordre ? Le bois de cotret coûte aussi cher au moins à celui qui l'achète fagot à fagot , que le bois de première tête dont le riche fait provision en grand.
Le grand nombre des agents du petit négoce est encore un plus dangereux fléau pour la société que leurs fraudes. Nous avons vu qu'en Angleterre, d'après le cens de 1831 , neuf familles devaient entretenir une boutique. S'il en est ainsi pour tout un pays, que doit-ce être pour les grandes villes ? Assurément la proportion y est plus du double de ce qu'elle est pour tout le pays pris ensemble, et alors il faudrait compter que , dans nos cités industrielles, une boutique est à la charge de trois ou quatre familles.
Le petit négoce est une véritable loterie qui attire par l'appât de quelques chances de gain un nombre d'individus bien supérieur à celui qu'exigeraient ses fonctions : une boutique est une mise en jeu qui ne coûte presque rien que l'audace de courir la chance d'une petite fortune ou d'une banqueroute. La fortune du débitant ne dépend ni de son habileté, ni de son capital assuré , encore moins de son honnêteté j elle dépend du plus capricieux hasard, de l'achalandage : le seul dieu du petit débitant , c'est le hasard. Interrogez le grand nombre de ceux qui ne réussissent pas, vous les entendrez tous attribuer leur ruine à leur mauvais sort. Qu'est-ce que cela, sinon ce qu'on a reproché à la loterie et à la roulette, un élément d'immoralité et de corruption? L'antiquité méprisait trop le négoce, et nous l'honorons trop. Fonction utile, le commerce est un travail , honorable à ce titre comme tous les travaux qui profitent à la société j fonction parasite et superflue, le trafic mérite le mépris que les anciens avaient pour lui, et quë^fcicéron a exprimé dans les termes suivants : « Sordidi etiam qui mercantur à mercatoribus qubd slatim vendant; nihil enim proficiunt nisi admodùm mentiantur. Nec vero quicquam est turpius vanitate. » (De Offlciis.)