‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 147 sur 314 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Brighton (1). Les ouvriers qui provoquèrent la formation d'une société coopérative publiaient chaque semaine un journal dans lequel on remarque les idées les plus avancées et les meilleures intentions. « Le mal des travailleurs, disaient-ils, c'est qu'ils ne travaillent pas pour eux ; le remède, c'est la coopération. » Ils avaient élé , comme on voit, jusqu'à l'idée du travail par association. Nous avons trouvé dans ce journal l'appréciation la plus intelligente du régime économique actuel. Par exemple, les associés de Brighton reconnaissent que les machines sont absolument bonnes. « Mais, disent-ils, elles sont funestes dans leur application au régime actuel. Au lieu de servir docilement comme les fées servaient le Crispin du conte allemand, les machines ont agi au contraire comme le monstre Frankenstein (légende allemande) qui, après avoir reçu la vie, ne l'employait qu'à persécuter celui qui la lui avait donnée. Elles devaient être nos esclaves , elles sont devenues nos plus formidables compétiteurs. » Conçoit-on que dans un pays où des ouvriers s'élèvent à de pareilles idées et à un pareil langage, les brutales inepties du chartisme soient possibles (2) !

Cette société de Brighton a réalisé un système de consommation qui a eu d'abord le plus grand succès. Les associés employèrent leurs économies à réunir par grande provision les denrées les plus nécessaires et à les revendre fidèlement, avec participation aux bénéfices du négoce, aux membres de la société. Un commis , choisi et surveillé par les associés , suffisait pour leur procurer toutes les denrées dont ils avaient besoin : de cette façon, non-seulement ils achetaient à meilleur compte, mais ils prenaient encore part, suivant leur mise , au profit de la commune boutique. Nous savons que cette société de Brighton a prospéré pendant plusieurs années, mais nous savons

(1) Voyez Revue Britannique , décembre 1829.

(2) Nous devons avouer pourtant que nous avons trouvé chez quelques chartistes de Manchester, des idées tout à fait semblables à

| celles des ouvriers de Brighton. Un entre autres, homme d'un caractère honorable, m'a dit que V Union songeait sérieusement à se pro-

i curer les avantages de la consommation en grand, en profitant de l'organisation chartiste, afin d'affranchir le peuple du tribut qu'il paye à la boutique,

no

Page 1