‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 15 sur 314 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lion , au bon plaisir de l'industrie. Tous les abus qui pouvaient et devaient résulter d'un pareil laisser-faire ont été produits. Les chefs de manufactures n'ont pas , que nous sachions , le privilège de l'infaillibilité ; comme leurs intérêts directs n'étaient pas tout à fait d'accord avec ceux de leurs ouvriers, ils ont naturellement donné la préférence aux intérêts de leur fortune, et ils n'ont eu ni le temps ni le plus souvent la pensée de surveiller la moralité et le bien-être de ceux qu'ils employaient. Nous verrons bientôt que, dans le système industriel actuel, il n'existe aucune espèce de lien moral entre le maître et l'ouvrier, et que ces deux agents de la production sont complètement étrangers l'un à l'autre comme hommes.

Quelle est la condition des classes pauvres par rapport au travail? Telle est la question que nous nous proposons de traiter maintenant.

Les ouvriers des grandes villes sont divisés en deux grandes classes : ceux qui travaillent isolément ou en famille, ceux qui travaillent dans les manufactures. Quels sont parmi ces deux classes ceux qui appartiennent à la misère ? C'est ce que va nous apprendre un rapide examen des principaux moyens d'existence qu'offre le travail à la population pauvre.

11 y a dans les villes une classe d'ouvriers privilégiés que nous appellerons artisans et qui souffrent rarement de la misère 5 ce sont ceux qui exercent les professions les plus utiles à la société, celles qui constituent un métier et que l'industrie n'est pas parvenue à diviser en une série de petites fonctions mécaniques ♦ ces métiers exigent un long apprentissage et la force intelligente d'un homme fait. Ils ne sont jamais encombrés ni dépréciés par la concurrence d'un trop grand nombre de travailleurs, parce qu'ils ne peuvent guère se recruter que dans la classe qui les exerce , la foule des misérables en étant exclue : les artisans des métiers, comme les ouvriers en bois, en fer et en constructions, sont des travailleurs parfaits, car ils possèdent les connaissances d'une profession utile tout entière. Ils ont à la fois plus d'indépendance et plus de ressources, et ne sont pas directement exposés aux caprices du commerce et de l'industrie : la société ne peut pas se passer un seul instant de leurs mains et de leur intelligence.

Un autre avantage qui résulte des métiers dont nous parlons,

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