‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 16 sur 314 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

c'est qu'il y a dans ces professions des chances d'avancement pour le travailleur, des degrés d'habileté, des grades, et que l'ouvrier robuste, intelligent et économe, peut s'élever à Tindépendance la plus complète , et devenir maître à son tour. Il peut acquérir la propriété des instruments du travail , des outils , et recevoir directement son salaire du consommateur de ses produits. L'artisan possède dans son travail et dans son habileté les moyens d'élever décemment une famille , de participer aux bienfaits de la vie sociale. En France , l'artisan est citoyen ; il fait partie de la grande nation armée; il a des rapports de service et de fraternité avec les classes aisées, et le bourgeois qui aspire aux grades de la milice citoyenne est obligé de solliciter ses suffrages ; l'artisan n'est pas isolé dans la nation, il compte pour quelque chose, et ses relations s'étendent assez loin en dehors de sa classe.

Chez lui , la misère est une exception , trop fréquente encore il est vrai , mais au moins elle n'est pas son état habituel. Le manque d'emploi (car, bien que son travail soit moins précaire que celui des ouvriers des manufactures, il ne lui est pas encore suffisamment garanti), la perte de la santé et la mauvaise conduite peuvent le plonger dans la misère. On a remarqué , au grand désavantage des classes laborieuses , que les ouvriers les plus habiles , ceux qui gagnent les salaires les plus élevés, sont Irop souvent les plus mauvais sujets de leur profession, et que leur prodigalité dépasse encore le produit de leur travail; ou ils dépensent plus ou ils travaillent moins , et de cette manière, ils restent au niveau et quelquefois au-dessous des ouvriers les moins avantageusement rétribués. La raison de ce fait, qui est l'argument favori de ceux qui attribuent la misère à la faute des malheureux qui en sont frappés, est trop facile à donner <H trop convaincante pour que nous différions de l'exposer. Nous aimons mieux nous condamner à nous répéter plus loin, que de laisser ici sans réponse cette triste objection. La mauvaise conduite des ouvriers qui gagnent de bons salaires n'est pas incurable, car elle tient à une cause qu'il est au pouvoir de la société de faire disparaître. Si les ouvriers habiles dissipent communément le produit de leur travail en grossières jouissances, en ignobles plaisirs, c'est qu'ils ne savent pas encore en faire un meilleur usage. Ils ont les moyens de par-

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