‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 150 sur 314 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

monde , comme par exemple l'inégalité physique , morale et économique, qui distingue les individus dès leur naissance. Seulement, nous devons espérer que la variété mise chez les hommes par le bonheur ou le mérite, n'ira plus jusqu'à cet affreux dénûment, qui est aujourd'hui la condition d'un si grand nombre de créatures humaines.

Mais le monde économique est assurément soumis à notre puissance, comme le monde politique; il obéit aux impulsions qu'il reçoit de la volonté de plus en plus éclairée des sociétés qu'il régit, il se meut suivant la loi du progrès. Le régime économique qui nous gouverne est soumis en ce moment , chez les grandes nations, à une solennelle expérience; si cette expérience lui est contraire, comme nous le supposons, si elle démontre par des faits désastreux , qu'en économie comme en toutes choses , le laisser-faire est l'anarchie, le désordre, le mal de tous, et que la liberté pour être bienfaisante, même à ceux qui la réclament, doit être organisée, nous sommes assuré qu'il y aura alors assez d'intelligence et de générosité dans le monde , pour provoquer et accomplir les réformes signalées par l'expérience. En France surtout, où de grands intérêts nationaux sont définitivement créés , où il n'existe plus de classe privilégiée capable de résister sérieusement à ce qui sera prouvé devoir profiter à tous , nous ne doutons pas que l'on ne parvienne sans peine à mettre d'accord entre eux les différents éléments du progrès , de sorte, par exemple, que la richesse publique ne se développe plus aux dépens de ceux qui la créent.

Il nous serait facile de prouver qu'aucune des causes générales de misère, tirée de nos procédés économiques , n'est absolument nécessaire ni à l'abondance ni au succès de la production. Ainsi, M. de Sismondi qui a vu comme nous les mauvais effets qu'entraîne la séparation absolue du capital et du travail en industrie, reconnaît déjà que « la séparation du travail et des instruments, du travail et des capitaux, n'est point une conséquence de la nature de l'homme et du travail. La société l'a introduite pour le plus grand avantage de tous; elle s'est faite toute seule , il appartient à la société de la surveiller et de la régler. » Nous ne trouvons à reprendre dans cette opinion consolante que cette pensée, fausse selon nous, savoir, que la

Page 1