CHAPITRE VIII
C'est comme les villes d'Orient, dont les rues sont si étroites qu'on ne peut y passer qu'à cheval ; si l'usage des voitures venait à y pénétrer, si la circulation y prenait l'activité qu'elle a en Europe , les villes d'Orient construites pour une vie d'intérieur et de silence seraient à rebâtir, comme nos vieilles cités du moyen âge le sont peu à peu par fragments. Il y aurait folie par exemple à jeter à terre toute une ville, bien qu'elle ne soit plus en accord avec les besoins nouveaux des populations. Aussi personne ne songe à les démolir, mais on n'en travaille pas moins chaque jour à les transformer, mais le marteau qui renverse et le travail qui édifie ne s'y arrêtent pas un instant. Et après moins d'un siècle on est tout étonné de voir la physionomie d'une ville complètement changée, les pignons remplacés par d'élégantes atliques, les rues étroites et anguleuses par des voies dallées où l'air et les hommes circulent en liberté. Ce travail matériel qui s'opère dans nos vieilles cités peut nous donner une idée de celui qui doit s'opérer dans les institutions d'un peuple où des circonstances nouvelles se sont produites , qui est né à une vie nouvelle, comme par exemple à la vie de l'industrie. 11 y a plus d'analogie qu'il ne paraît d'abord entre la formation d'une ville et celle d'une société ; et cette vérité nous semble si importante que nous n'avons pas craint d'y insister plusieurs fois; pourquoi n'y aurait-il pas analogie entre les réformes que réclame un état social nouveau? Nous avons peur avec raison du marteau quand il renverse pour faire des ruines, nous ne devons pas le redouter quand il démolit pour faire place à des constructions nouvelles!
Il nous reste à examiner l'influence de la population sur la condition des classes laborieuses. Depuis le fameux livre de Mallhus, cette question a été vivement débattue entre les économistes, et, sans reproduire les longues discussions auxquelles elle a donné lieu, sans fatiguer le lecteur des chiffres amoncelés par la statistique, nous espérons jeter quelque lumière sur cet important sujet.
Selon l'opinion de la majorité des économistes, la population est à la fois un signe de richesse et une cause de misère. Elle n'est ni l'un ni l'autre absolument, mais selon les circonstances. La population de l'Irlande, qui croît comme la misère, n'est pas un signe de richesse ; l'accroissement régulier de la 2 H