‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 153 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

population n'est nulle part une cause de misère; nous expliquerons bientôt ce que nous entendons par accroissement régulier de la population.

Selon Malthus et son école, la population, abandonnée à elle-même, tend à dépasser constamment les moyens de subsistance, de sorte que si elle ne rencontrait pas d'obstacles, le globe serait couvert en quelques siècles d'une fourmilière d'êtres humains qui se disputeraient une nourriture de plus en plus insuffisante. Partout où la population n'est pas surabondante, c'est qu'elle a rencontré des obstacles; ces obstacles sont de deux sortes, suppressifs ou restrictifs : les premiers sont ceux que produisent les grandes calamités, comme la famine, la guerre ou la peste , agents terribles qui visitent de temps en temps la terre pour empêcher ses habitants de s'étouffer faute d'aliments et d'espace; les seconds sont ceux qu'apporte au principe de la population la volonté de l'homme, la contrainte morale, qui consiste soit à se priver de mariage, soit à mesurer sa fécondité sur ses ressources. Voilà , en quelques mots, moins les faits plus ou moins exacts , plus ou moins curieux, cités par Malthus à l'appui de son système, tout le livre de cet économiste célèbre, dont les opinions régnent encore absolument sur presque tous les économistes anglais. En France, l'école de M. Say admet le principe de la population.

Et cependant, ce fameux principe est en désaccord avec la législation i avec le sens commun de tous les peuples. Les législateurs et les religions ont toujours favorisé l'accroissement de la population , et fait de la multiplication de l'espèce une obligation sacrée, un devoir. On sait quels encouragements la religion juive donnait à la population; on sait encore que la loi Julia Poppea y à Rome, accordait des privilèges aux familles nombreuses , et qu'en France, par exemple, le gouvernement a souvent proposé des récompenses aux familles qui avaient élevé certain nombre d'enfants mSles. Dans les pays musulmans , des crieurs publics parcouraient les rues pendant la nuit, et rappelaient aux époux leurs devoirs conjugaux. Les législations politiques et religieuses de tous les peuples , loin de craindre que le nombre des hommes excède jamais les moyens de subsistance , semblent craindre plutôt que la population ne vienne a s'éteindre.

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