‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 156 sur 314 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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et se font une concurrence acharnée pour une nourriture insuffisante et incertaine. Que Ton compare les paysans de France, ceux des pays héréditaires de l'Autriche, avec ceux de l'Irlande ; des lois absolument différentes régissent ces populations : en Irlande, Malthus et son système ont raison, en France et en Autriche ils ont tort. D'où vient cela? Les obstacles suppressifs ou restrictifs onl-ils plus d'action en France et en Autriche qu'en Irlande? Les épidémies, la famine ou la guerre, exercentelles plus de ravages sur le continent que dans l'île exploitée par l'aristocratie britannique? La famine est permanente en Irlande, et les contrées où elle sévit avec plus de rigueur sont les plus peuplées. La contrainte morale a-t-elle plus d'empire sur nos paysans que sur ceux de la malheureuse Irlande? Pas davantage assurément. C'est donc à des causes indépendantes du principe de population qu'il faut recourir pour expliquer de pareils phénomènes.

En France et en Autriche, les paysans sont intéressés à la propriété du sol ; les familles trouvent dans la terre qu'elles cultivent, des ressources régulières qu'elles peuvent apprécier et prévoir, et le paysan sait d'avance à quelles conditions il lui est permis de vivre et d'élever une famille. Dans cette situation , la population se règle d'elle-même sur les besoins prévus, elle s'entretient, mais, bien loin d'excéder les moyens de subsistance , elle reste toujours au-dessous. Là où vivent cinquante familles de paysans d'Autriche par exemple, cinq cents familles d'Irlandais subsisteraient plus à l'aise que dans leur pays. La pomme de terre vient aussi bien sur le continent qu'en Irlande; pourquoi nos paysans ne se contentent-ils pas de la pomme de terre , pourquoi vivent-ils de pain , auquel ils ajoutent des légumes variés, de la viande de porc, du cidre ou du vin? S'il était vrai que la population se portât d'elle-même aux limites extrêmes où nous la voyons en Irlande, pourquoi nos paysans n'arrachent-ils pas leurs vignes et leurs vergers pour y planter des pommes de terre ?

La gestion de la propriété en Angleterre comme en Irlande a rendu la population la plus nombreuse étrangère au sol, lui a ôlé la prévoyance en abaissant ses besoins à ceux de ta brute privée d'intelligence, en ne lui laissant d'autres moyens d'existence qu'un travail incertain, à la merci de mille chances

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