CHAPITRE VI
tieiper aux avantages de la civilisation , mais il leur manque d'en éprouver les nobles besoins. Une bonne éducation , telle <jue des esprits généreux la réclament en ce moment pour le peuple d'Angleterre , apprendrait aux artisans habiles à élever leurs habitudes au niveau de leurs ressources ; affranchis du joug de l'ignorance et des plaisirs grossiers , ils n'auraient pas un denier de superflu à donner au vice, lorsque le produit du travail le plus fécond aurait d'avance sa destination prévue et désirée. L'éducation produirait dans cette classe de travailleurs tous les bons effets que s'en promettent, en Angleterre, les amis des réformes. Au bout de deux ou trois générations , la classe des artisans ne serait plus reconnaissable, et des milliers d'hommes nouveaux, d'enfants régénérés, auraient pris place dans les rangs glorieux de la civilisation ; ils rendraient aux nations revivifiées les forces que leur enlève chaque jour la misère (1).
Mais hélas! que la condition des prolétaires du travail mécanique est bien différente ! Ici encore nous allons laisser parler les faits, et si ces faits ne convertissent pas les hommes de bonne foi à la vérité , il nous faudra reconnaître avec désespoir que la puissance de l'erreur est invincible.
L'industrie exige, pour remplir les fonctions du travail divisé , des ouvriers à très-bas prix, des ouvriers imparfaits, et là est tout le mal. 11 lui faut autour d'elle de nombreuses populations qui se disputent pour vivre des fonctions peu rétribuées , n'exigeant presque aucun apprentissage , pas d'autre habileté que celle de l'habitude, et mettant ainsi ceux qui les exercent dans la plus entière dépendance de toutes les fluctuations du commerce , de tous les caprices de la spéculation. Le pi us grand nombre des fonctions industrielles ne constitue point des métiers, mais seulement des services passagers que le premier venu peut rendre; et cela est si vrai, que l'enfant de
(1) Nous sommes heureux de voir l'opinion que nous émettons ici partagée sans reslriction par M. Fletcher, auteur d'un excellent rapport sur la condition des ouvriers en soie de Coventry, rapport qui est le meilleur livre d'économie sociale que nous ayons encore étudié.
Voyez Handloom Weavers Jnquîry, part. iv. p. 197.