LIVRE III
actuel de l'industrie soit compris par M. Say dans l'intervention de la force , et encore moins dans ces rares exceptions qui troublent les lois naturelles de la population, et cependant nous venons de voir que le laisser-faire industriel, qu'une mauvaise gestion de la propriété , sans la moindre intervention de la force , suffisent pour dépeupler un pays comme la campagne de Rome, ou l'écraser d'habitants misérables comme l'Irlande et les grands foyers de l'industrie. Que devient ici le fameux principe de population? Cette proposition : Chaque localité a autant d'habitants qu'elle en peut faire vivre par ses produits, et pas davantage , est dénuée de toute espèce de sens. Est-ce la localité qui détermine le pouvoir productif? La moyenne de la population en France est d'environ 60 habitants, 288 millièmes par kilomètre carré; quarante-six départements sont au-dessous de celte moyenne, et il n'est pas nécessaire de démontrer que cela tient à des circonstances tout à fait indépendantes de la localité. Le département du Nord , le plus peuplé, contient 171 habitants sur la même surface : ici la localité peut faire vivre en effet huit fois plus de monde que la Corse, qui n'a que 20 habitants par kilomètre carré; mais cela ne veut pas dire que la localité corse ait huit fois moins de pouvoir productif que le déparlement du Nord. Si l'homme ne sème pas, il ne récolte pas, et c'est le travail, l'intelligence et la moralité d'un peuple qui règlent sa population , puisque ce sont ces agents qui règlent les produits. La quantité des subsistances est un effet, elle n'est pas une cause. Toutes ces lois de population de l'économie politique absolue sont des subtilités, des sophismes, des rêves sans réalité, des ombres sans corps.
Ce sont les institutions, l'organisation sociale, la condition morale et intellectuelle d'un peuple , qui déterminent sa population : c'est surtout la constitution de la propriété, la nature des rapports que les deux grands agents de la production, le capital et le travail , ont l'un avec l'autre. L'expérience nous apprend quelles sont les conditions nécessaires à l'existence d'une population bien équilibrée , capable d'atteindre le bonheur par la dignité morale et l'aisance; elle nous apprend aussi quelles sont les circonstances qui ont le pouvoir de réduire les populations ù des troupeaux humains qui pullulent pour la