CHAP1T&E IX
consommation étrangère, comme l'Angleterre , sont à la merci de tons les événements qui viennent de temps en temps troubler la paix politique ou économique du monde. La production n'a pas de mesure connue , de règle fixe. Elle n'est point déterminée par la consommation , mais par l'étendue et la facilité du marché intérieur. Ce n'est ni pour nourrir, ni pour vêtir son peuple, que l'Angleterre condamne la population des manufactures à des fatigues surhumaines, pour un salaire qui lui procure a peine de quoi subsister, c'est pour donner aux capitaux accumulés dans quelques mains privilégiées un emploi productif. Aussi, c'est le marché extérieur qui décide de l'activité de la production. Que l'Amérique ou toute autre contrée avec laquelle trafique l'Angleterre , cesse d'acheter ou de vendre , et le contre-coup se fait sentir douloureusement par la suspension du travail dans les manufactures de Manchester; et l'on voit la demande du travail diminuer subitement, et les salariés anglais portent la peine des folies des banquiers de Boston et de New-York. Aujourd'hui que les trafiquants sont rois, on peut dire que leurs fautes , comme celles des rois, sont payées par le malheur des peuples :
Quidquid délirant reges plectunlur Achivi.
Mais ceci nous ramènerait à la question des causes générales que nous avons traitée plus haut, et à laquelle nous renvoyons le lecteur en lui demandant pardon de ces répétitions inévitables.
Nous avons vu que la population industrielle était exposée à plus d'épreuves physiques , à plus d'accidents hygiéniques que la classe des gens aisés : elle meurt plus vite , elle est plus souvent malade. La maladie chez l'homme de travail, c'est la misère pour toute une famille : le nombre des individus qui meurent à l'hôpital correspond à peu près au chiffre total de la population laborieuse. Les 10,000 décès annuels des hôpitaux de Paris sont prélevés sur une population d'environ 260,000 individus; c'est à peu près le chiffre des classes ouvrières dans celte grande ville (1).
(1) M. F régler évalue la population ouvrière de Paris à 235,000 2 13
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Ainsi les causes particulières de la misère, qui ne sont imputables ni à la volonté ni à la conduite des ouvriers , sont : l'âge, le sexe, l'incapacité et le manque de travail par suite des perturbations fréquentes de l'industrie , et enfin les accidents personnels, les maladies et les infirmités. Outre les mauvaises chances de santé auxquelles tout être humain est exposé, l'industrie a encore des malades et des blessés qui lui sont propres. Les forces brutes qui mettent en mouvement les appareils producteurs mutilent trop souvent les hommes qui les surveillent et qui travaillent avec eux. Un médecin de l'hôpital de Manchester, visitant une école de 106 enfants , remarqua que sur ce nombre 47 avaient été blessés dans les filatures (1). Chaque genre d'industrie a ses maladies particulières , chaque métier fait des blessés et des invalides.
L'un des plus grands maux, peut-être , attachés à la misère , c'est que les moyens qu'on emploie pour la soulager ne font ordinairement qu'en seconder l'action.
Bien que nous ne soyons pas le moins du monde partisan des commodes théories qui attribuent toute la misère à la trop grande facilité des secours publics et privés qu'on lui accorde, nous n'en reconnaissons pas moins que la charité , sous quelque forme qu'elle se manifeste , agit très-souvent comme une cause indirecte de misère. D'abord toute charité, qu'elle soit distribuée par les nations ou par les particuliers , est nécessairement insuffisante de sa nature; quand elle est commandée parla loi, quand elle constitue en faveur du pauvre un droit positif, elle agit de deux manières sur le développement de la misère. Elle diminue la prévoyance du pauvre en lui donnant une sécurité trompeuse, elle encourage malheureusement le vice effronté , et , ce qui est le plus funeste de ses effets , elle permet à la concurrence manufacturière et mercantile de faire descendre les salaires à un degré inférieur à ce qu'ils auraient
pendant la mauvaise saison, à 265,000 pendant l'époque de la plus grande activité.
Des classes dangereuses de la population des grandes villes . par M. Frégier. — Paris, 1840, p. 27.
(1) Discours de M. Sadler, chambre des communes, 16 mars 1832.