‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 163 sur 314 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

été sans elle. Vallowance ou la subvention supplémentaire donnée aux travailleurs dont les gains sont insuffisants, a créé dans les comtés agricoles anglais des populations entières sans emploi utile , ou du moins dont le travail très-incertain n'était presque pas rétribué. La taxe des paroisses était sur certains points comme un salaire public qui dispensait le pauvre de travailler, et celui qui l'occupait momentanément d'élever le prix de son travail au niveau dè ses besoins. Dans les localités où d'immenses populations laborieuses étaient entassées autour de quelques fabriques , comme dans le Straffordshire , la subvention de la taxe des paroisses était assurément comptée comme une portion de salaire.

La charité privée, l'aumône individuelle, qui est à la fois un devoir religieux et un plaisir, n'a pas des effets si apparents; mais on peut malheureusement affirmer que dans la plupart des cas le mal qu'elle produit dépasse le soulagement partiel qu'elle apporte à quelques infortunes. L'inconvénient de la charité individuelle , c'est qu'elle est aveugle et trop souvent capricieuse , c'est que ses dons tombent plus souvent sur la gueuserie importune , et que la main généreuse qui s'ouvre à l'aumône ne prend guère la peine d'aller chercher dans la foule souffrante les malheureux qui sont les plus dignes. Dieu nous garde de condamner la charité individuelle et la charité publique ! Mais nous pensons que pour être efficaces , elles ont besoin d'être très-intelligentes. La charité par les individus comme par les nations est une science difficile qui nous semble peu connue encore. Nous connaissons bien la charité qui donne des aliments aux affamés , un lit aux malades, un cercueil aux morls ; mais, selon nous , cette sorte de charité ne suffit pas : c'est une charité pour ainsi dire négative. Celle que nous appelons de tous nos vœux , celle que nous voudrions voir découvrir et inventer, c'est la charité active, intelligente , qui préviendrait la misère , qui donnerait au travail des encouragements, décréterait pour l'armée industrielle une loi d'avancement, intéresserait directement les travailleurs à la production en leur facilitant les moyens de s'associer par leurs épargnes aux bénéfices de la production; cette charité enfin qui opposerait aux causes fatales de la misère des influences meilleures, et qui parviendrait à réunir, au grand avantage de

tous, le capital et le travail, l'entrepreneur et le salarié, dans une harmonieuse solidarité.

Les abus ou plutôt l'insuffisance de la charité, sur lesquels nous reviendrons encore, nous conduisent naturellement à l'examen des causes qui dépendent de la volonté et de la conduite des pauvres , et dont il est permis de les rendre responsables.

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