LIVRE III
d'étonnant si le salarié , qui est obligé de louer son corps à rindustrie , presque sans réserve, a conservé les vices de l'esclavage? Il est de toute évidence, et des faits trop nombreux et trop affligeants le démontrent , que sous le rapport de la moralité, le travailleur salarié, surtout celui des manufactures, est au moins aussi mal partagé que du côté du bien-être. Pour être complètement honnête, décent dans ses mœurs , modéré et délicat dans ses plaisirs , il lui faudrait une vertu extrême et presque de l'héroïsme : or, malheureusement, l'héroïsme chez les hommes n'est qu'une rare exception.
A nos yeux, les causes morales de la misère n'agissent que d'une manière indirecte et comme causes secondaires sur la condition des classes pauvres. La misère ne justifie pas le vice, ne l'excuse même pas, mais elle l'explique, car elle le provoque.
La revue complète des vices auxquels les basses classes sont en proie serait aussi longue que désolante ; nous n'entreprendrons pas de rechercher tous les désordres de conduite, toutes les habitudes funestes qui secondent l'action de la misère avec une si grande énergie que beaucoup de bons esprits ont pu regarder les vices du pauvre comme les seules causes de ses souffrances : nous examinerons seulement les vices qui exercent une influence plus directe sur la condition du travailleur, et comme les péchés capitaux de la pauvreté.
1° Paresse.
Le travail est un effort , et c'est pour cela qu'il est une vertu. Pour le pauvre il est plus qu'un devoir, il est une nécessité , et trop souvent une peine. L'ouvrier de l'industrie n'achète le droit de vivre qu'au prix d'une séance de 15 à 10 heures par jour dans les manufactures. Souvent ce travail ne consiste que dans quelques mouvements répétés sans fin, avec une accablante monotonie ; il a pour conséquence quelque chose de plus pénible que la fatigue: il engendre l'ennui et le dégoût (1). Aussi l'ouvrier déserte-t-il le plus souvent qu'il peut les fonctions qui le font vivre , et se dédommage-t-ii les lundis et les
(1) Voyez plus haut une citation du rapport de M. Villermé.