CHAPITRE X
jours de paye, des ennuis du travail par la fainéantise (1). Ce n'est pas pour prendre un repos nécessaire qu'il abandonne la manufacture, c'est tout simplement pour ne plus travailler. Beaucoup d'ouvriers ressemblent aux esclaves par l'horreur qu'ils ont du travail. L'esclave se représente la liberté sous la forme séduisante d'une paresse éternelle; beaucoup d'ouvriers n'envient à la richesse que ses loisirs. Que cet éloignement du travail tienne à la nature même de l'emploi , c'est ce que prouvent évidemment les habitudes généralement plus laborieuses de la population agricole, surtout du petit propriétaire champêtre. L'homme qui cultive la terre , qui travaille en plein air sur le petit champ qui lui appartient, se résigne sans peine à sa condition , et il supporte d'une âme tranquille la fatigue de chaque jour, sûr que la terre le récompensera généreusement de ses efforts. On pourrait même dire que les travaux de l'agriculture sont souvent un plaisir; la moisson et les vendanges, les deux époques des plus grandes fatigues, ne sont-elles pas en même temps des fêtes ? A défaut d'autres causes , cette heureuse différence à l'avantage de l'agriculture n'explique-t-elle pas pourquoi la population agricole fournit beaucoup moins de criminels que la population industrielle? Le travail auquel elle est condamnée n'ayant pas de répugnance pour elle, elle n'est pas tentée de s'y soustraire par le vagabondage et le vol.
2* Vagabondage,
C'est surtout pour les jeunes ouvriers que le travail monotone et sédentaire est une fonction répugnante qui les jette , dès leur début dans la carrière du travail , hors des voies de l'ordre et de l'honnêteté. M. Frégier avoue que le vagabondage des enfants de Paris a pour cause principale la dureté des parents et des maîtres, qui exigent des apprentis trop d'application et de travail (2). La vie vagabonde de ces jeunes recrues du travail
(1) Il n'est pas nécessaire de dire que paresse c'est misère.
« Egestalem operatur manus otiosa, manus autem fortium d'witias parât. »
Proverbes,
(2) Des classes dangereuses, x, x, p. 199.