CHAPITRE X
M. Frégier est en cela d'accord avec lui (i). Tous deux nous affirment qu'on a vu des jeunes filles se prostituer pour nourrir leur famille ! La prostitution devient à son tour une cause de misère. Il n'y a pas dans le monde de condition plus misérable que celle des filles exploitées par les dames de maison, qui traitent ces malheureuses créatures comme de véritables bêtes de somme dont le corps doit fatiguer à leur profit, en échange de la nourriture.
Le concubinage est une des causes les plus actives de misère j il ne l'a crée pas pour le présent, il ne l'augmente même pas sensiblement quand elle existe déjà, mais il en perpétue l'existence . en léguant une population de misérables et de parias à l'avenir. On s'est beaucoup préoccupé dans ces dernières années de l'augmentation toujours croissante des enfants trouvés , et des charges vraiment onéreuses que leur entretien impose continuellement au pays. Un budget de dix millions dépensé pour faire des êtres misérables et dangereux, méritait bien qu'on songeât à le réduire, et on a essayé. Mais les mesures adoptées n'agissant pas sur les causes directes et réelles du mal , n'ont pu avoir l'effet qu'il serait urgent d'obtenir. L'amélioration seule de la condition économique du grand nombre permettrait d'opérer la diminution des frais ruineux qu'occasionnent la misère et ses conséquences. Car le concubinage aussi est produit en partie par la misère. Pour le plus grand nombre des hommes, et surtout pour le peuple, le mariage a beaucoup d'attrait. Une famille est pour le pauvre un monde en petit, une société où il y a des émotions et des sentiments pour le cœur. La vie de famille offre un salutaire emploi aux passions effectives; l'homme n'est plus tristement isolé dans la préoccupalion de lui-même ; il tient à quelque chose, ses peines et ses plaisirs ne sont pas pour lui seul. La pauvreté est souvent un obstacle à constituer une famille régulière. « Les actes né- » cessaires à cet effet, dit M. Frégier, sont souvent fort nom- » breux et coûtent fort cher; ils ne sont délivrés gratis qu'à » Paris et aux seuls indigents inscrits (2). » On n'a pas le temps d'attendre, et on s'accouple à l'exemple de tant d'autres i e
(1) Des classes dangereuses, t. i, p. 179.
(2) Ibid., t. h, p. 161.