‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 169 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

une fois qu'on s'est mis ainsi en dehors de la société, il est bien rare qu'on y rentre jamais.

4° Ivrognerie.

Un vice effroyable, source d'incalculables maux , et toujours d'extrême misère , frappe presque sans exception, nous l'avons vu plus haut, la population malaisée : c'est le vice des sauvages et des barbares , l'ivrognerie ! maintenant que la civilisation et le progrès des mœurs l'ont banni des classes aisées, il sévit avec une fureur chaque jour redoublée , surtout parmi les ouvriers de l'industrie. L'habitude de l'ivrognerie se mesure sur le degré de misère des populations qui y sont livrées : rien qu'en connaissant la quantité et la nature des boissons fermentées dont une population fait usage | on peut dire avec certitude quelle est sa condition économique£Dans les pays où le pauvre peut s'enivrer de vin , les conséquences du vice sont moins affreuses pour lui que dans les pays du nord où les liqueurs alcooliques sont le seul moyen qu'il ait de s'enivrer. La quantité de gin consommée en Angleterre est plus effrayante que le chiffre de la taxe des pauvres. Les deux choses ont suivi en ce pays la même progression. Les ouvriers de certaines villes manufacturières du nord , comme Lille par exemple , sont réduits par l'ivrognerie à un état presque habituel d'abputissement. A Paris, où le vin est en assez grande abondance, sinon de bonne qualité, on s'enivre au moins autant par l'eau-de-vie que par le vin. Certaines professions , comme les chiffonniers, font de l'alcool leur boisson habituelle (1).

Ce vice est assurément le plus hideux de tous ceux auxquels l'homme peut se livrer; il lui oie tout caractère humain, et en fait une sorte de bête stupide et comme frappée de rage. II n'est pas nécessaire, je pense, d'énumérer tous les funestes effets que produit l'ivresse : malheur des familles , habiludes de dépense, suspension et incapacité de travail, stupidité, abrutissement, paresse, et par contre-coup et toujours, affreuse misère, misère ignominieuse, dégoûtante et coupable! Quand on examine certaines populations d'ouvriers, chez lesquels

(1) Des classes dangereuses , t. i, p. 54.

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