‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 172 sur 314 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

action ; le seul moyen de guérir cette plaie, c'est de placer ceux qui en souffrent dans la condition où se trouvent les individus, de plus en plus nombreux heureusement , qui sont tellement exempts de ce mal qu'ils ont peine à le comprendre : améliorer la condition physique et en même temps la condition morale des populations , c'est le seul remède efficace aux grossières jouissances de l'ivrognerie. La satisfaction décente des besoins du corps, l'habitude de jouissances plus raffinées , sont déjà un préservatif assuré : l'usage du sucre et du café nous semble un contre-poison plus efficace contre l'ivrognerie que tous les discours des sociétés de tempérance.

Si les vices des basses classes bornaient leurs effets à ceux qui les pratiquent , nous concevrions que les classes élevées refusassent de prendre la peine d'agiter ces tristes questions , et qu'elles abandonnassent librement le monde à l'action des causes bonnes ou mauvaises qui le régissent. Mais le vice ne reste pas longtemps à l'état de maladie individuelle, il ne tarde pas à se manifester par des actes extérieurs, funestes à la société tout entière , il fait explosion et il menace. L'habitude du vice engendre le crime. Tout se tient; si la misère est mère des vices, les vices sont pères du crime ; et c'est de celte façon que les intérêts de toutes les classes d'une société se tiennent par des liens communs.

Et ce qui prouve que les vices du pauvre tiennent à sa condition économique et ne peuvent pas être directement combattus , c'est que la morale est réduite à avouer son impuissance absolue contre l'ivrognerie. Les moyens qu'on a proposés et appliqués pour combattre ce vice , sont non-seulement inefficaces, inutiles , ils sont ridicules. Les processions des sociétés de tempérance dont nous avons vu les burlesques parades , ne servent guère à autre chose qu'à démontrer la puissance de l'ivrognerie. Mais quand ces démonstrations ridicules, cet étalage de bannières, d'emblèmes et de devises en l'honneur de la tempérance, seraient capables d'arracher, par l'effet de l'opinion , quelques victimes au fléau , ce ne serait jamais parmi les classes inférieures en proie à l'extrême misère, et sur lesquelles l'opinion n'a plus aucune prise.

Parce que l'on s'est abusé sur les causes réelles de l'ivrognerie , comme sur celles de tous les genres de misère , la philan- 2 18

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