‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 176 sur 314 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les ouvriers des villes sont libertins, et ils compromettent par des excès , par des jouissances prématurées, leur moralité, leur santé , leur avenir. Mais à quelles tentations sont-ils exposés ! tentations si puissantes que M. Villermé regarde les vices des ouvriers comme résultant presque uniquement de leurs alentours, des circonstances dans lesquelles ils vivent, et surtout de celles dans lesquelles on les a élevés (1). Entassés pêle-mêle, hommes et femmes, filles et garçons, dans des ateliers où personne ne surveille ni les paroles ni les actes , comment résisteraient-ils à ces provocations incessantes du rapprochement et de l'exemple? « Si, comme tout le prouve , dit encore M. Villermé, la réunion de beaucoup d'ouvriers dans le même atelier entraine la corruption des mœurs, qui doit-on plutôt en accuser, ou de ceux qui sont rassemblés ainsi, ou de ceux qui les rassemblent (2) ? »

Enfin les ouvriers sont malintentionnés envers ceux qui les emploient , ingrats, infidèles ; à entendre le plus grand nombre des maîtres, la classe ouvrière est indigne de l'intérêt qu'elle inspire, et la misère n'est que le juste châtiment d'une vie d'imprévoyance , de libertinage et d'insubordination ; de leur point de vue les maîtres ont raison , car ils sont unanimes dans leurs accusations : le maître et l'ouvrier sont ennemis. «Mais, » dit M. Villermé, que nous cilons avec plaisir parce qu'on ne l'accusera pas d'avoir une opinion hostile au régime économique actuel, « les maîtres à leur tour n'ont-iis aucun reproche à se y> Taire? a-t-il bien le droit de se plaindre de l'ingratitude, de » la haine même de ses ouvriers, celui qui ne s'informe jamais » de leur position , de leur santé, de celle de leurs femmes et de » leurs enfants ? celui qui , lorsque la maladie vient les allein- » dre, les abandonne complètement, et les remplace aussitôt » par d'autres, sans leur réserver leur emploi et leur métier » pour le temps où ils pourront le reprendre? celui qui saisit la » première occasion pour ne plus donner d'ouvrage au vieil- » lard dont le bras devient faible, la main moins habile et le » travail plus lent, et cela justement à l'époque de la vie où il » aurait besoin de gagner davantage?

(1) Tableau de l'étal phijsique et moral des ouvriers, t. h, p. 50.

(2) Ibid.,\>. 60.

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