LIVRE III
d'eau qui en bat le seuil? la réponse est invariablement celleci : « Oui, mais comment empêcher cela, nous sommes si pauvres ! » Avec l'homme c'est la même chose : vous le trouvez nonchalamment étendu au soleil, ou assis près du feu, pendant que sa cabane est entourée d'immondices, et qu'on peut à peine en approcher, à cause des ordures de toute sorte accumulées tout autour; et il vous répondra toujours : « C'est vrai, mais comment l'empêcher, nous sommes si pauvres! » Et , en vous faisant cette réponse, il fume du (abac, et il ne se refuse pas probablement la jouissance du whiskey.
» La pauvreté, dit M. Nicholls en terminant ce tableau , n'est donc pas la cause , ou au moins la cause seule et immédiate de celte manière de vivre des paysans d'Irlande. S'ils éprouvaient le désir d'améliorer leur condition , ou de paraître moins pauvres, ils pourraient le satisfaire ; mais ils n'éprouvent pas une telle ambition (1). » Quant à nous , nous admettons l'excuse des misérables Irlandais, et nous disons: lis sont si pauvres qu'ils n'ont plus ni la force ni la volonté d'améliorer leur sorl ; Us sont si pauvres qu'ils n'espèrent plus , parce que peut-être s'ils l'étaient moins, s'ils avaient l'air moins misérables, l'homme d'affaires du lord propriétaire les expulserait de leur cabane, pensant qu'ils peuvent payer un loyer plus élevé! Ils sont si pauvres qu'ils sont hébétés , abrutis , incapables du moindre effort, et que ieurs seules jouissances sont l'inaction et l'ivrognerie ! On reproche aux Irlandais de ne pas désirer être mieux; mais qui leur a appris cette résignation animale . cette indifférence morale, cette insensibilité a la honte, à la souffrance? Ce peuple a-t-il toujours été ainsi? En admettant que celte race soit moins laborieuse et moins forte que la race normande par exemple , est-on en droit d'accuser la nature de l'état de dégradation où l'ont réduite, il faut le dire, les spoliateurs anglais? Parce que l'esclave est le type de tous les vices, direz-vous que les races qui vivent encore en servitude, comme le nègre, ne sont pas capables d'une vie plus élevée ({ne celle qu'elles mènent sous le fouet des planteurs ?
Pour résumer en quelques mots ce que nous avions à dire des vices particuliers aux classes pauvres , nous répéterons que la
(1) Poor Lîhys — Ireland. — First report of George Nteholls, p. 10.