‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 180 sur 314 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

misère n'excuse pas le vice , mais qu'elle l'explique et le favorise; les pauvres sont coupables à nos yeux de leur ivrognerie, de leur nonchalance, de leur abrutissement; mais, je ne souhaite pas que la vertu de ceux qui les méprisent ou les condamnent soit exposée aux épreuves qu'inflige la misère. Le seul moyen efficace, selon moi, de guérir les plaies morales qui corrompent les classes pauvres, c'est de leur fournir les moyens de sortir de la misère par le travail. Si les cottagers irlandais pouvaient trouver à un prix raisonnable une cabane et de la terre à cultiver ; si , lorsque la propriété ne leur serait plus interdite, qu'ils auraient la faculté d'acquérir l'instrument de la production avec les épargnes d'un travail bien rétribué ; si alors, avec l'espoir et les moyens de le réaliser , ils demeuraient aussi indifférents . aussi immondes, aussi nonchalants qu'ils le sont aujourd'hui, je leur refuserais toute pitié , et je prierais Dieu de retirer au plus vite la terre et le soleil à une race indigne de vivre. Jusqu'à ce qu'il en soit ainsi, nous nous croirons autorisé à dire que la misère est une condition désavantageuse pour la moralité ; et que, sans parler des circonstances qui provoquent directement au vice, le seul fait de la pauvreté, c'est-à-dire, de la privation de tout moyen d'existence autre qu'un travail incertain et peu rétribué , rend bien difficile à l'ouvrier une conduite décente, honnête et sobre. Que conclure de là ? Qu'avant de prêcher aux ouvriers la prévoyance, la sagesse et la sobriété, il faut s'occuper de les soustraire aux circonstances économiques au milieu desquelles ils vivent, et qui leur conseillent l'imprévoyance, le libertinage et l'ivrognerie.

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