LIVRE IV
jamais en elles le ressort de dignité et de courage qui seul était en état de les soutenir et de les faire avancer. La charité publique est placée enlre deux inconvénients qu'elle ne peut pas éviter : ou elle est insuffisante pour soulager réellement celui qui en réclame le secours , ou elle ne le relève de sa détresse qu'aux dépens de la moralité, car elle lui communique, en échange de ses dons, les vices du lazzarone et du mendiant.
Les nombreux documents de la commission de la nouvelle loi des pauvres, auxquels nous avons emprunté tant de faiis , ne sont qu'un long et éloquent réquisitoire contre les abus de la charité publique. L'aumône convertie en revenu fixe , en supplément de salaire, devient pour un peuple le plus énergique instrument de paupérisme et de démoralisation. Elle supprime dans le pauvre le besoin du travail , et , ce qui est plus funeste encore, elle exempte le riche du soin de lui fournir du travail; et elle bouleverse ainsi à la fois et la moralité et l'économie d'un peuple. Les campagnes anglaises, au dire des administrations du paupérisme , auront peine à s'affranchir des conséquences de l'ancienne charité.
Il est prouvé, et nous ne reviendrons plus sur les témoignages qui l'attestent, que Vallowance ou supplément de salaire accordé par la charité paroissiale était dépensé au cabaret, et que les jours de distribution de secours , étaient des jours consacrés à l'ivrognerie. Les plus grands ennemis de la nouvelle loi des pauvres sont les détaillants de bière et de genièvre , que la suppression des secours en argent a ruinés.
La charité publique , telle qu'elle était organisée sous la loi d'Elisabeth, exerce une influence si funeste sur la moralité et sur la condition économique des classes inférieures , que les meilleurs esprits l'ont regardée comme la cause principale de l'accroissement et de la violence du paupérisme. Dans tous les pays où existe la charité légale, on est disposé à lui attribuer l'existence des maux qu'elle prétend soulager (1) ; on finit même par se persuader que le meilleur moyen de supprimer la misère, c'est de supprimer la charité, et l'on s'abandonne forcément aux conséquences les plus désespérantes du système de Malthus ! L'Angleterre en est là , et la France, le pays des
(1) Voyez De la Charité légale , par M. Navillè.