‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 183 sur 314 · CHAPITRE ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï

sentiments généreux , est déjà réduite à payer tribut à cette triste méprise qui condamne la charité. On a pensé , en France, que le seul moyen de diminuer le nombre des enfants abanbonnés était de diminuer les secours qu'on leur accorde , ou de les soumettre à des conditions plus rigoureuses , et nous avons vu le préfet de la Seine attribuer la grande augmentation des admissions aux hôpitaux de Paris à une faible aumône accordée par un philanthrope aux malades convalescents.

Cela n'est malheureusement que trop vrai : dans les sociétés que ravage la misère, la charité est inutile et même dangereuse. La charité publique pratiquée sous forme d'aumône est un cercle vicieux , un sophisme moral : elle ne soulage le corps qu'en avilissant l'âme ; quiconque a reçu ses dons est vendu à la misère , et il n'aura plus jamais le pouvoir de rompre le pacte fatal. Nous parlons ici bien entendu de la charité accordée aux ouvriers adultes , par défaut de travail ou insuffisance de salaire.

Et c'est en vain que l'Angleterre a voulu s'affranchir de cette sorte de charité ; c'est en vain que la société a essayé de borner ses secours aux infirmes et aux incapables ; une nécessité invincible Fa contrainte de nourrir du pain de l'aumône des milliers de pauvres ouvriers que les crises industrielles privaient de travail, ou que la cherté des subsistances réduisait à la famine. Ainsi, tout en reconnaissant que la charité publique est nuisible et funeste, l'Angleterre est forcée de dépenser annuellement des sommes énormes qui ne servent qu'à augmenter la misère morale de ses pauvres, sans soulager leur misère physique. La charité légale, avec toutes ses conséquences les plus mauvaises, est une nécessité pour tous les pays d'industrie ; puisque les maîtres ne sont pas obligés de nourrir leurs ouvriers pendant les crises périodiques où le travail des ateliers est suspendu , il faut bien que les municipalités ou le gouvernement se chargent de sauver les populations du danger de mourir de faim. A chaque embarras commercial, à l'approche de chaque hiver, les villes industrielles sont condamnées à des aumônes forcées , auxquelles la crainte a plus de part que la charité.

Le soulagement de la misère est au-dessus des forces de la charité privée comme de la charité publique; et le dévouement 2 17

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