‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 197 sur 314 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

luis , la société a le droit de les soumettre aux assises trimestrielles qui décident en dernier ressort les points contestés. Les tables d'après lesquelles sont calculées les mises et les répartitions de secours doivent être approuvées par un juge de paix, chargé de veiller à ce que ces tables ne portent point de préjudice aux intéressés. Les sociétés de secours une fois instituées ne peuvent être dissoutes que par la volonté des cinq sixièmes de leurs membres réunis en assemblée. Les intérêts de l'association sont réglés dans des meetings qui ont ordinairement lieu tous les ans.

L'esprit d'association est beaucoup moins répandu en France, et, il faut l'avouer, le gouvernement, loin de le favoriser, le tient à l'état de suspicion. Les sociétés de secours mutuels, fort peu nombreuses chez nous, ne sont point réglées par des lois, elles relèvent exclusivement de la juridiction de la police, qui les autorise et les défend, mais ne les protège point. Les associations d'ouvriers n'ont aucun rapport avec le gouvernement : il y a des lois contre l'abus de l'association, il n'y en a point pour en protéger et en régler l'usage légitime.

Les ouvriers de certains corps de métiers sont encore enrôlés dans les associations exclusives et barbares du moyen âge. Les sociétés de compagnonnage , organisées sur le principe de l'exclusion et de la guerre , ensanglantent souvent nos cités de leurs rixes barbares, et le principe de l'union, mal appliqué par des ouvriers ignorants , devient chez nous une cause fréquente de désordre (1). Les principes de ces petites associations sont excellents , ce sont les principes de la fraternité et du devoir; mais l'application en étant bornée aux ouvriers d'un seul métier, le compagnonnage ressemble à ces petites républiques de l'antiquité qui bornaient le règne de la justice à leur territoire, et se conduisaient envers les étrangers comme envers des ennemis.

Les sociétés de secours mutuels, établies à l'image desfriendly societies, n'ont que très-peu d'influence sur la condition des ouvriers dans notre pays , comme le prouvent les chiffres que nous avons empruntés à la statistique des caisses d'épargne. La plu^s curieuse et la plus florissante des associations d'ouvriers

(1) Voyez Livre du compagnonnage.

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