LIVRE IV
paraît être celle de Grenoble, portant le titre de Société de bienfaisance mutuelle, et dont la fondation remonte à 1805 (1). Elle admet dans son sein presque tous les corps de métiers, à des conditions différentes suivant les chances de maladie que présentent les professions. Les membres de celte société doivent être choisis sur présentation et admis à l'unanimité. Les affaires en sont réglées par un conseil d'administration électif, et le titre d'agent de la société est ambitionné comme un grand honneur. On cite à Grenoble des ouvriers qui se sont distingués dans les fonctions de commissaire général , au point d'attirer sur eux l'attention publique et de conquérir l'estime de la cité.
Les rapports de la société philanthropique de Paris nous font connaître l'existence de 229 sociétés (1837) ; sur ce nombre 55 sociétés étaient en dissolution et n'avaient pas donné signe de vie depuis 1829. Les 174 encore existantes ne réunissaient pas plus de 12,072 associés. Comme celles d'Angleterre , ces sociétés mutuelles d'ouvriers promettent à leurs membres , en échange d'une cotisation de 1 fr. à 2 fr. par mois , des secours pendant les maladies , quelques-unes accordent même des pensions de 200 fr. par an à l'âge de 60 ou 70 ans , à ceux qui comptent vingt années de cotisation; mais bien peu durent assez pour remplir les engagements pris envers leurs membres ; le plus grand nombre se dissout après quelques années d'exisslence. Le nombre des sociétaires est rarement assez élevé pour assurer la durée de la société; il ne s'élève guère au-dessus de 100, n'atteint pas même ordinairement 50, et se tient en moyenne entre 30 et 40 : ce n'est plus alors une association , c'est une camaraderie qui se dissout elle-même au bout de quelques mois.
Les sociétés de ce genre portent toutes en elles-mêmes une cause énergique de ruine , et il faut que le nombre des membres qui la composent soit élevé et prudemment choisi pour qu'elles puissent y résister. Rien de plus incertain et de moins connu encore que les chances de la vie suivant les âges, les professions et les sexes. Il faudrait une multitude d'observations,
(1) Voyez une brochure de M. Cerfberr sur les Sociétés de bienfaisance mutuelle de Grenoble. 1 636.