‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 199 sur 314 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

faites avec soin par les gouvernements, seuls capables de les recueillir, avant de dresser les tables d'après lesquelles doivent se calculer les mises et les répartitions (1). On peut dire que les sociétés de secours mutuels se détruisent elles-mêmes; accordant les mêmes avantages à des individus d'âges différents , elles sont bientôt écrasées par la somme de secours qui dépassent leurs recettes. La plupart d'entre elles se dissolvent après quelques années, souvent après quelques mois d'existence, parce que l'épuisement de leurs fonds ne leur permet pas de remplir le but de leur institution.

Mais , quand même les associations d'ouvriers n'auraient pas cet inconvénient, quand même elles seraient aussi parfaites qu'on peut le souhaiter, elles n'auraient jamais un pouvoir assez grand pour arrêter ou diminuer l'action des causes de la misère : sans doute il est bon d'établir entre le plus grand nombre des ouvriers une solidarité mutuelle, mais cela ne suffit pas encore : la réunion des ouvriers dans les mêmes confréries, loin de rétablir l'harmonie et le bien-être dans la famille industrielle, ne fait au contraire que fournir à la guerre sociale de nouvelles forces. Si l'organisation industrielle se borne à rassembler les ouvriers dans un intérêt commun, on les placera ainsi en opposition directe avec le reste de la société, qui se trouvera séparée en deux camps ennemis. En Angleterre, ce sont les sociétés mutuelles qui provoquent et soldent les coalitions d'ouvriers ; et l'opinion générale des chefs de manufacture est que ces institutions favorisent l'insubordination des classes laborieuses. Ainsi le faible bienfait qui résulte de ce genre d'association pour les ouvriers est obtenu aux dépens de la paix sociale.

N'est-il pas à craindre que cette organisation exclusive n'isole encore davantage l'un de l'autre, les deux éléments fondamentaux de l'existence et de la prospérité des nations , le capital et le travail? L'association mutuelle de la misère et de l'ignorance ne produira jamais pour résultat la richesse, l'intelligence et la moralité. C'est un effet tout contraire qu'il faut attendre , et le chariisme de 1838 en est la preuve. Si les pauvres, privés de tout commerce intellectuel et moral avec les

(1) Voyez First anmtal report of the regislrar gênerai, p. 15.

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