LIVRE IV
classes supérieures, sont mis en étroit contact de sentiments et d'intérêts les uns avec les autres, ils en viendront nécessairement à se créer une opinion publique pour eux, une morale et une politique à eux, qui ne seront probablement pas en accord avec la véritable morale, et encore moins assurément avec la morale et la politique des classes supérieures. Ce danger vaut, je crois, la peine qu'on y songe.
On le comprend déjà en Angleterre , et on a songé à procurer aux pauvres les avantages de l'association, sans exposer les entrepreneurs du travail aux dangers qui en résultent pour eux. Les sociétés charitables de Liverpool et de Manchester, dites sociétés de prévoyance {provident societies) , n'ont pas d'autre but que de remplacer les société amicales. Une association de gens aisés, de chefs d'industrie, se charge du patronage des ouvriers et du soulagement de la misère : les riches consentent à recevoir et administrer les économies du pauvre, auxquelles ils ajoutent des souscriptions et des dons volontaires. Voici le premier article de la société de ce genre , fondée à Liverpool, avant 1830, et dont nous possédons neuf rapports : « L'objet de cette société est l'encouragement de l'industrie et de la frugalité; la suppression de la mendicité et de l'imposture, et le soulagement temporaire de la maladie et de l'infortune involontaire. » Les membres de cette société vont visiter les familles pauvres, reçoivent et administrent les épargnes qu'elles leur confient et leur distribuent des secours. Cette charité est peut-être intéressée; les souscripteurs ont peut-être l'intention de monopoliser la charité à leur profit, mais leurs efforts n'en sont pas moins bienfaisants ; ils ont l'avantage de rapprocher les classes aisées des classes pauvres et de permettre ainsi à la nation de connaître, au vrai, la situation économique et morale de la population pauvre. Quelques chiffres nous donneront une idée du progrès de cette institution et des services qu'elle doit rendre. En 1829, la Société de prévoyance de Liverpool visita 2,220 familles, reçut en dépôt 1,658 1. st. d'épargne, dont elle rendit la valeur en vêtements et en aliments ; sur la somme reçue elle distribua 1,584 1. st. en objets de première nécessité; elle ajouta en aumônes 407 1. st., produit de souscriptions et de donations. De 1858 à 1859, la même société reçoit et administre 14,570 1. remis aux visiteurs charitables,