SECTION IV
De V éducation et de quelques autres moyens de remédier à La misère.
Les esprits les plus éclairés de la Grande-Bretagne reconnaissent avec nous l'insuffisance absolue des obstacles opposés jusqu'ici à la misère; ils avouent que les remèdes appliqués ordinairement, comme la charité sous toutes ses formes, ne font, suivant l'expression vulgaire , que jeter de l'huile sur le feu et donner des aliments au fléau; et ils proclament la nécessité de rechercher et d'appliquer bien vile un remède plus efficace. Ce remède ils croient l'avoir trouvé , et tous s'accordent unanimement à en provoquer l'application. Tous ceux qui désirent sincèrement l'amélioration des classes laborieuses sont comme enrôlés dans une sainte conspiration en faveur de l'éducation populaire, qu'ils regardent comme l'unique planche de salut pour la société anglaise , menacée d'une submersion totale : l'éducation populaire est leur pavillon de détresse ; voici déjà deux ans qu'ils l'ont arboré , et ils ne le baisseront pas qu'ils n'aient rallié les vœux et l'opinion du pays.
Nous admirons comme l'un des faits les plus caractéristiques et les plus honorables pour l'esprit anglais , la rapidité avec laquelle le mot d'ordre des réformes se répand dans la nation, et plus encore la docilité avec laquelle il est reçu : en un instant il devient l'opinion publique d'un parti , et si ce parti arrive au pouvoir , la réforme passe instantanément en proposition législative. En Angleterre, les questions de réformes sont résolues dans l'opinion avant d'être présentées au parlement , et de cette façon le parlement ne discute jamais que des questions déjà informées. Celle de l'éducation populaire achève en ce moment de subir l'épreuve de l'opinion; son succès a été tel que les ennemis de la-réforme morale et intellectuelle des classes pauvres , les vieux torys et le clergé , ont été obligés de donner aussi le même mot d'ordre aux esprits qu'ils dirigent. L'Église établie , qui , jusqu'à ces derniers temps . avait sur ce projet l'opinion des propriétaires d'esclaves , et re-