CHAPITRE I
raie et intellectuelle puisse produire sur les classes pauvres les bienfaisants effets que Ton attend d'elle, il faut qu'elle soit précédée ou au moins accompagnée d'une réforme dans la condition économique du travail; avant de songer à enrichir l'esprit de l'homme, il faut lui assurer l'existence par le travail. Seule, l'éducation ne vaincra pas la misère; au contraire, le paupérisme et ses conséquences triompheront de tous ses efforts. Si l'on veut guérir effectivement la plaie de nos sociétés, il importe d'appliquer les remèdes avec méthode, et non point confusément et au hasard : les remèdes les plus efficaces , si leur application n'est pas préparée, deviendront inutiles et même funestes. Nous l'avons déjà dit plus haut, pour délivrer un captif chargé de chaînes, plongé dans un cachot obscur, il ne suffit pas de faire arriver à lui quelques rayons de soleil!
Nous exposerons plus loin à quelles conditions l'éducation populaire deviendra l'un des moyens les plus énergiques de soustraire les populations à la misère.
Je ne veux pas parler de tous les remèdes à la misère proposés par les économistes philanthropes , tels que la prévoyance qui embrasse l'avenir de ses conceptions , la frugalité, le travail, la sobriété et la religion qui, selon Burke, illustre orateur mais faible économiste , sont les seuls moyens de salut pour les classes pauvres, le reste n'étant que fraude et mensonge; nous ne parlerons pas non plus de la contrainte morale de Malthus. De pareilles erreurs ou plutôt de pareilles inanités répandues par des hommes sérieux, et passées à l'état d'opinion publique, sont la preuve la plus humiliante de la domination qu'exercent sur les meilleurs esprits les préjugés et les intérêts du temps où Ton vit et de la société à laquelle on appartient. Il y a quelques années à peine que le préfet du département de la Somme écrivait dans une circulaire officielle ces incroyables paroles : « il n'y a pas, pour les familles pauvres, deux manières de se tirer d'affaire : ces familles ne peuvent s'élever qu'à force d'activité , de raison, d'économie et de prudence (c'est-à-dire qu'il leur faut, seulement pour vivre, l'exercice de toutes les vertus !); de prudence surtout dans ï union conjugale, en évitant 7 avec un soin extrême^ de rendre leur mariage plus fécond que leur industrie. 11 serait beaucoup plus honnête et plus logique de retourner 2 19