‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 207 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

franchement à la philosophie de la servitude , et de dire avec Aristote : Il y a des hommes condamnés par la fatalité à la misère et a l'abrutissement ; ou bien d'adopter sans restrictions les conséquences extrêmes du principe de Malthus, ce qui esta peu près la même chose , et seulement un peu plus nouveau. On dirait alors : La misère est le résultat du principe de population; il faut laisser faire les obstacles suppressifs, prêcher aux misérables l'usage intelligent des obstacles répressifs , et rester tranquille.

Si les familles pauvres, pour se tirer d'affaire , ont besoin de la pratique constante de toutes les vertus, et de plus de la prudence dans l'union conjugale, qui n'est pas, que je sache , une vertu ; il est plus que probable qu'elles ne se tireront pas d'affaire. Que tenter alors ?rien. « Le monde va tout seul; » oui, où sont allés tout seuls les mondes qui ne sont plus !

Il est donc démontré que les moyens adoptés ou proposés dans les sociétés actuelles pour remédier à la misère équivalent à un aveu d'impuissance absolue. En voici un curieux exemple. Nous avons parlé de la misère des tisserands à la main en Angleterre; leur détresse est attribuée par beaucoup de personnes aux causes suivantes : 1° La concurrence des manufacturiers pour vendre les uns au-dessous des autres (undersell), concurrence par laquelle ils ont réduit les salaires au taux que nous connaissons ; 2° l'état de la circulation ou le système des banques qui donne en certains moments des facilités exagérées à l'encombrement du marché (overtrading) , produit par contre-coup des réactions fatales dans l'industrie , et réduit les salaires au-dessous de leur niveau naturel; 5° la loi des céréales ; 4° le détournement des matières premières par les ouvriers [embezzlement) ; on évalue de 6 à 7 pour cent la perte des matières premières résultant de ce larcin; 5° le trop grand nombre des tisserands (1). A ces causes qu'oppose la science ou la philanthropie? Suivant l'auteur que nous citons, voici les remèdes le plus généralement proposés : 1° L'établissement d'une chambre industrielle qui fixerait un minimum

(1) Observations upon the poorest class of operatives in Glascow in 1837, by C. R. Bairtl. — Journal of statistical sociely of London. T.i,p. 167-172.

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