‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 214 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

étalait publiquement , au grand jour, ses causes à côté de ses effets! et nous ne les avons pas vues, et ce qui est plus triste, nous avons fermé les yeux pour ne les pas voir, et, Dieu veuille que je me (rompe ! notre raison a menti à l'évidence , pour échapper aux devoirs que lui eût imposés la vérité !

Je n'accuse personne, je dis ce qui est. N'est-il pas vrai que nous avons dit ou laissé dire que la misère était sa cause à ellemême, et par conséquent un légitime châtiment ? N'est-il pas vrai encore que nous avons eu la ridicule prétention d'en diminuer les effets, en respectant avec un religieux scrupule et même en favorisant ses causes ? Prenons bien garde! comme les républiques à esclaves , nous avons ouvert la porte de notre société au sophisme et au mensonge! Le moment est venu de décider si nous voulons les laisser faire.

Mais heureusement , le sophisme n'a pénétré encore que dans certaines intelligences frappées d'aveuglement par l'intérêt, l'orgeuil ou la crainte : le bon sens public a été respecté, le cœur des nations est intact. Les sociétés modernes, loin de fléchir lâchement, comme l'antiquité, devant les contradictions qui les tourmentent, ont conservé jusqu'à ce jour leurs principes et leurs espérances : c'est plus qu'il n'en faut pour être sauvé. L'avenir n'a jamais failli à ceux qui espèrent.

Le progrès des sciences sociales est resté depuis longtemps en arrière du progrès des sciences naturelles, et c'est à peine si les nations modernes ont daigné appliquer leur intelligence à chercher les moyens capables de garantir à un peuple le bonheur et seulement l'existence. La politique et la philosophie veulent que les hommes soient égaux et libres, mais elles ne nous apprennent pas comment il faut s'y prendre pour les soustraire à l'inégalité la plus douloureuse et la plus humiliante, à la servitude la plus dure, à la misère telle que nous l'avons vue dans les classes inférieures de la nation anglaise et en Irlande.

Les anciens législateurs ont eu la prévision des causes de ruine qui menaçaient les peuples auxquels ils donnaient des lois , et ils ont essayé d'en arrêter le développement. Bien des siècles avant que l'économie politique fût une science , les législateurs avaient compris que les institutions économiques d'un peuple doivent être en accord avec ses principes et sa

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