‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 215 sur 314 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

destinée. Par une intuition vraiment divine , il avaient vu « que « la loi qui constitue les pouvoirs et les formes du gouverne- » ment n1est pas aussi importante, qu'elle n'a pas aulant d'in- » fluence sur le bonheur des nations que celle qui constitue les » propriétés et en règle l'exercice. » Ces paroles , que nous empruntons à Saint-Simon (1), n'expriment pas une pensée nouvelle, et nous allons voir que , dans les législations primitives , la constitution de la propriété précédait celle du gouvernement. Moïse , Lycurgue , Solon , ne se bornent pas seulement à prescrire et à défendre des actes , ils enseignent aux peuples à quelles conditions ils devront acheter l'existence et le bonheur.

Par exemple, ces législateurs ont tous voulu empêcher l'accumulation de la propriété dans un petit nombre de mains , à l'exclusion de la majorité du peuple ; et ce n'était pas l'égalité des fortunes qu'ils avaient en vue, mais l'existence et la conservation du peuple; l'égalité n'était pas pour eux un but, mais un moyen. Ils comprenaient que du moment où la majorité des citoyens dépend pour sa subsistance d'un petit nombre de riches, il n'y a plus de peuple mais un troupeau d'esclaves commandé par un petit nombre de pasteurs, ou bien une mêlée d'hommes ennemis qui font de la cité un champ de bataille.

Voyez Moïse , le législateur descendu du Sinaï avec les tables de la loi à la main , et le rayon divin sur le front ! il veut faire un peuple d'hommes égaux , une société modèle , libre sous la loi de Dieu. Comment s'y prend-il ? Il choisit d'abord pour ce peuple sans héritage , qu'il vient de sauver de la captivité, une terre capable de le nourrir, et il ordonne que cette terre soit partagée par tribus aux familles d'Israël ; mais il ne se contente pas de donner à chaque famille le moyen de vivre par le travail , il les empêche de se dépouiller les unes les autres, de se faire oisives et riches les unes aux dépens des autres. Il savait que chez les hommes la justice et l'égalité ont besoin de protection ; que si le peuple est abandonné à lui-même, si on le laisse faire, il anéantira bientôt par sa faute les conditions mêmes de son existence. Moïse ne se propose pas d'empêcher

(1) OEuvres complètes de Saint-Simon. ~ Fues sur la propriété et la législation , p. 257.

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